30 jours chez Raul

Chroniques et Panoramiques d'une autre Havane...

L'AUTRE HAVANE

 


« Le voyage, c'est la recherche de ce rien du tout, de ce petit vertige pour couillons...» L.F. Céline.


Ce blog est le journal de bord d'un fidèle « habitué » de Cuba et plus particulièrement de La Havane, cette cité capitale à la fois nerveuse et assoupie. Mais un habité, un habitué sans concessions qui, sur ce caïman endormi mais toujours vorace, n'a pas encore abandonné toute sa lucidité comme c'est souvent le cas chez les gringos cubanisés. En somme, un habitué toujours pas habitué... ni à l'impardonnable, ni à l'incompréhensible ni à l'inexcusable ! Le baroque latino, OK ... mais dans les romans !



Vous ne trouverez pas ici de compte-rendus de chevauchées épiques dans les champs de canne à sucre de Santa Clara ni de photos de plongées paradisiaques à Cayo Coco ou des photos de fiesta de départ à la boite de l'hôtel ! Non, ce n'est pas le genre de la maison ! D'autant plus que l'auteur, à quelques heures de son départ d‘Orly-sud, eut l'dée saugrenue de descendre un escalier sur son derrière plutôt que debout, comme tout le monde. Résultat ; un sacrum fracturé et, pour deux ou trois semaines, l'obligation de marcher comme sur des œufs, de nager sans les jambes, de changer de fesse toutes les dix minutes lorsque sur une chaise ou de dormir allongé raide comme un piquet.



Un séjour donc placé de manière inattendue et forcée sous le signe de promenades tranquilles, de discussions ou débats plus ou moins éclairants sur l'évolution de la « situation » de l'île, avec des interlocuteurs plus ou moins alcoolisés mais forcément toujours à l'ombre bienveillante des terrasses et patios havanais.

Terminons en précisant que l'auteur, qui avait pourtant bien emmené quelques ouvrages de langue française avec lui (Lucien Bodard, Christine Angot, Marc Weizmann) décida in fine, au vu de ce vieux Livre de poche - chiné Place Ste Marthe à Paris et qui dormait là-bas sur une étagère poussiéreuse - de se plonger dans une saine relecture du Voyage au bout de la nuit de L.F. Céline. Il en résulte une éventuelle probabilité que la vision déléthere, amère et cynique - mais toujours magnifique et spectaculaire - de cet écrivain, sur l'humanité en général, ne soit pas restée sans conséquences sur l'humeur chroniqueuse de ce blog.


Une dernière précision ; A toutes fins utiles, certains noms ont été changés et certaines situations ont été "recadrées". Cuba est en effet le dernier état véritablement stalinien de la planète.

Toutes les photos (sauf les N&B) sont de l'auteur et restent bien sûr ©Tous droits réservés.



« Il avait une sorte de génie pour découvrir le mal dans le bien, la tristesse sous la joie, le ver dans le fruit »
Roland Dorgelès
, Partir, 1926.


« Il fallait que j'apprenne une fois encore à reconnaître de nouveaux visages dans un nouveau milieu, d'autres façons de parler et de mentir. La paresse c'est presque aussi fort que la vie. La banalité de la farce nouvelle qu'il faut jouer vous écrase et il faut somme toutes encore plus de lâcheté que de courage pour recommencer. C'est cela l'exil, l'étranger, cette inexorable observation de l'existence telle qu'elle est vraiment pendant ces longues heures lucides où les habitudes du pays précédent vous abandonnent avant que les autres, les nouvelles, vous aient encore suffisamment abruti
»
L.F. Céline, Voyage au bout de la nuit, 1938.




L'auteur remercie le site UNITERRE.COM de l'avoir élu BLOG DE LA SEMAINE avec le commentaire suivant :


" Sous-titré - à juste titre - "Chroniques et Panoramiques d'une autre Havane", ce blog intelligent et fort bien documenté est le carnet de bord au quotidien d'un vieil habitué d'une belle endormie, La Havane, loin, très loin des circuits touristiques convenus. Les Chroniques très journalistiques - voire littéraires et souvent pleines d'humour - de l'actualité de la ville, zigzaguent entre Festival de Jazz et Fête du Livre, s'interloquent entre démission de Fidel et confirmation de Raul, oscillent entre pertinence des questions et impertinence des réponses... et hésitent toujours et encore entre vieille lassitude et nouvelle espérance ! Les nombreuses photos - une bonne centaine, soignées et chiadées - très cinématographiques car toutes basées sur une vision panoramique des situations, cherchent à capturer soit la richesse du banal, soit la simplicité ou tout au contraire la complexité du millième de seconde ainsi attrapé. L'auteur de ce blog à haute teneur en citations littéraires navigue aussi malicieusement entre L.F. Céline " le voyage, ce petit vertige pour couillons " et Alejo Carpentier " La Havane est la ville de l'inachevé, de l'abandonné " ainsi qu'entre blagues cubaines et Michel Audiard " Un barbu c'est un barbu. Trois barbus, c'est des barbouzes ! "
D'accord ou pas d'accord avec les opinions parfois très tranchées de cet auteur, vous allez néanmoins en apprendre beaucoup - et des vertes et des pas mûres ! - sur l'actualité de celle qui fut la perle des Antilles et qui n'aspire qu'à le redevenir... vite, si possible ! "
30 mars 2008. REDACTION UNITERRE.


L'auteur remercie également Zoé Valdés pour le commentaire suivant ;

Blog de la escritora Zoé Valdés, 2009 Mayo 15,

" Nuevo blog desde Cuba; su autor, Olivier Laporte es francés -tal es la imagen que da-. Un blog diferente, muy diferente, como él mismo señala, a lo que nos tienen acostumbrados los turistas y visitantes franceses. Se titula 30 jours chez Raúl (30 días en casa de Raúl). Fotos personales, artísticas, y textos sumamente interesantes ".

Traduction: Nouveau blog sur Cuba. Son auteur est français, en tout cas c'est l'image qu'il en donne. Un blog différent, très différent des habituels blogs  de touristes ou visiteurs français. Il est intitulé "30 jours chez Raul". Photos personnelles, artistiques et textes extrêmement intéressants.





 


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Publié à 06:11, le mar 4 mars 2008,
Mots clefs : la havaneZoe Valdés

Dimanche 3 février : De Paris à La Havane, via Santiago

Il y a dans cet avion Cubana de Aviacion, un Iliouchine 96, copie russe un peu cheap du Boeing 737 qui ne vole pas si mal que ça finalement, il y a deux passagers cubains absolument impayables et tout droit sortis d'un film en noir et blanc d'un pays de l'Est des années 60. Imperméable gris étriqué et sans forme, manteau à poils de chameau élimé et trop court, petits galures à la Brejnev, ces deux apparatchiks du régime, petits blancs sexagénares aux traits tirés, voyagent bien sûr en première classe et ont droit à tous les égards du personnel navigant. 



Bien sûr, on ne connaîtra jamais la vraie raison de leur passage par Paris. Officiellement, ils sont peut-être venus assister à une conférence sur le quart-monde organisée par l'UNESCO ou pour traiter avec le comité d'entreprise CGT le négoce de quelques centaines d'autobus usagés de la RATP. Mais en vérité, ne sont-ils pas en simple transit en provenance d'Alger, d'Angola ou de Biélorussie ? Ont-ils traité des affaires louches pour le compte de la nomenklatura et ses multiples comptes en banque en Espagne et en Angleterre ? Ont-ils négocié la vente de centaines d'œuvres d'art - comme le fait régulièrement l'Etat cubain en Suisse - volées, confisquées ou tout simplement récupérées via les lois de dépossession nationale en vigueur à Cuba ? Sont-ils venus apporter des fonds secrets à une quelconque organisation anticapitaliste qui fait dans l'agit-prop gauchiste et pro-cubaine ? Comme pour la Stasi d'Allemagne de l'Est il faudra attendre l'ouverture des archives !



Dans la queue pour l'enregistrement des bagages, absolument tout le monde m'a envoyé balader et a refusé de me prendre un jouet - une maison de poupée Barbie - en bagage supplémentaire. Coté manque de la plus simple solidarité humaine, on peut constater que le Français moyen de 7 à 77 ans est désormais correctement formaté et bien lavé du cerveau. Aussi fermés et cons que de vrais Américains cent pour cent du Nord. On imagine un millième de ce que pouvait être la vie dans les camps nazis lorsque celle-ci pouvait dépendre d'un simple croûton de pain ou non.



A Santiago de Cuba, dans le hall de transit désert et à l'odeur un peu désagréable de tabac rance, ne restent plus que 50 passagers continuant vers La Havane sur les 260 initiaux. Curieusement c'est l'ensemble des troisième-âges qui sont descendus à cette escale ; Le compte est bon, nous sommes donc bien dans la norme statistique : 80% voyagent en groupes, 20% en voyage individuel. Troupeaux de sexagénaires, tous identiques, fiers de leurs quarante années dédiées à ce qu'ils appellent « le travail », enfin arrivés sur le podium, au but ultime, à La Retraite ! Trouvant absolument normal de continuer à vivre désormais sur le dos de la société pour encore 25 à 30 ans, voire plus compte tenu des progrès de la médecine...

Et pour la plupart d'entre eux, tout ça en ayant consciencieusement poinçonné le ticket de métro tous les matins à Massy-Palaiseau pour ensuite aller inlassablement trier des formulaires administratifs ; ou déplacer des cartons à moitié pleins toute la journée ; ou occuper son temps à harceler le contribuable de base ; et courber l'échine devant le petit chef ; et faire la pause clope ou pipi 3 ou 4 fois par jour ; et participer à peu de frais - c'est le patron qui paye ! - à tous les week-ends du comité d'entreprise !



Là, ils vont s'avaler tout Cuba en huit à dix jours, n'y rencontrant que les vendeurs de colifichets et les guides bilingues, serviles et corrompus du régime - c'est un poste de « favorisé » hautement recherché pour ses pourboires potentiels - ne voyant au travers des vitres teintées de l'autocar climatisé que les vieux monuments repeints de l'ancienne gloriole coloniale espagnole, indifférents et aveugles à la vraie misère, eux toujours si prompts à défendre les 35 heures, le temps libre, la pénibilité de leur ex-emploi, les 1,8% d'augmentation annuelle et tout ce qui accompagne la triste défense de la misère salariale habituelle. Dans l'imaginaire contestataire français, les « acquis de la révolution » seraient un fait et pas simplement une réussite promotionnelle de services étatiques entièrement dédiés à la propagande. Raul et Fidel, ce sont Astérix et Obélix, ils y croient, ils résistent ! A qui ? A quoi au fait ? Le savent-ils encore ? Rappelez-moi ce que disait le Général De Gaulle à propos des Français au fait ? Ah oui, les Français sont des veaux !



L'avion arrive à l'aéroport José Marti Internacional avec trois heures de retard... comme d'habitude me dit-on. Une quinzaine de militaires hommes ou femmes en vert olive, la plupart au regard soit un peu creux soit un peu envieux, attendent pour éplucher tous les papiers. Le comble du comique est la vérification de la photo d'identité, tournez la tête, regardez le miroir au plafond, enlevez la casquette, hum vous n'aviez pas cette barbe naissante sur la photo et encore des cheveux, c'est louche ça ! Et ce bébé, là, sur la photo, il a drôlement grandi, c'est bien lui ? Vous en êtes bien sûr ?

On récupère ses bagages après 30 minutes d'attente, on paie son obole à Fidel pour six malheureux kilogrammes supplémentaires importés par mégarde dans sa chasse gardée - limitée à trente kilos par personne médicaments exceptés - et 22 heures après un départ matinal de Nord-Bourgogne, en sueur grave, on a enfin le droit de larguer 20 CUC - le CUC est la monnaie de singe au taux de change prohibitif et réservé à l'usage des touristes ou de l'achat de biens capitalistes importés - à l'un des rares taxis encore debout à cette heure avancée de la nuit. 

 
A l'entrée sur le rond-point du Centro Deportivo, un peu avant la Place de la Révolution, on aperçoit furtivement quelques rares travestis ou drag-queens cubains habitués michetonnant bien sûr à l'emplacement habituel. On leur envoie deux bécots mouillés par la fenêtre restée ouverte, ce qui réveille le chauffeur de taxi qui était branché sur pilote automatique. La nuit est bien douce pour un début février et totalement silencieuse. Le taxi finit par s'immobiliser dans une ruelle calme du Vedado. Aucun cri d'amour nocturne, pourtant assez courant à Cuba, ne déchire l'obscurité et même les chiens semblent être de repos.




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Publié à 06:09, le mar 4 mars 2008,
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Lundi 4 février : Arrivée et ...départs divers !

Je suis réveillé aux aurores par « l'Internationale » et quelques autres chants militaires nostalgiques qui émanent de la maison voisine. Renseignements pris, c'est une " maison pour anciens combattants d'Afrique " qui fait face à ma délicieusement coloniale chambrette au plafond de cinq mètres de haut. Il fait déjà une douce chaleur mais aussi un vent à décoiffer Bruce Willis

Le paladar de ma mi-journée - restaurant à domicile autorisé par la loi moyennant conditions draconiennes et impôt fortement dissuasif - concentre, sur quatorze mètres carrés, douze chaises autour de quatre tables, eso es la ley, señor. Vu le niveau sonore ambiant, il n'y a pas d'autre alternative que d'écouter d'une oreille distraite les conversations des autres tables. La brochette de porc - chuleta de cerdo - est gargantuesque, avec un goût très fleuri, comme si, avant de rendre l'âme, la noble bête honnie des musulmans avait fait une indigestion de pétales de roses et de graines de tournesol.



Je prends un taxi de particulier en direction du quartier de Miramar - havre des ambassades et des belles villas des militaires - pour une opération ravitaillement à l'unique supermercado de plus de 150 m2 de cette ville. Le conducteur disserte aimablement avec le passager assis à la place du mort ; « Nos quedamos sin artista » On va rester sans artistes si ça continue dit-il à l'autre, évoquant une certaine Suzana, inconnue à mon bataillon... mais pas à la télévision cubaine ! C'est la dernière artiste en date qui vient de déclarer forfait au paradis tropical pour s'installer plutôt chez l'ennemi d'en face. Comme le font la moitié des artistes cubains, dès qu'après avoir dûment payé leur écot à la culture officielle par de nombreuses années de galère, on leur octroie enfin le fameux sésame de sortie pour des tournées à l'étranger.

Mais tout récemment la liste s'est encore douloureusement allongée. Carlos Otero, le Drucker-Foucault cubain s'en est allé avec femme et enfants après un plan sournois, préparé de longue date. Dans le hall de la télévision étative, l'ensemble des employés ont été convoqué la semaine suivante pour une séance de conspuation collective du méchant traître passé avec armes et bagages à l'ennemi. Qui d'ailleurs a retrouvé du travail en seulement quelques jours sur les ondes de la meilleure chaîne de télévision hispanique de Floride !



Et il y a aussi la moitié du Cirque Comique de la Havane qui a demandé l'asile politique chez les Aztèques. Ainsi que tout le groupe musical Los Très de La Havana ; ils étaient en fait sept... ! Et pour finir, la moitié de la troupe du Ballet Espagnol - pourtant créée par Alicia Alonso, la marâtre aveugle qui règne sur la danse cubaine depuis 50 ans - qui a préféré le glacial hiver canadien à la douceur des tropiques. Tout ça en l'espace de quelques jours. Faut-il que la pression soit sévère pour en arriver là ! Les gens lâchent tout ! Ils se cassent pour de vrai ! Repartir à zéro, tout reconstruire ... Demandez donc aux pieds-noirs ce que ça veut dire de déchirements ...
Il faudrait aussi mentionner les sportifs en tout genre, les boxeurs, les coureurs, les sauteurs à la perche mais surtout les joueurs de base-ball qui, dès leur arrivée aux Etats Unis, abandonnant famille, HLM et Lada pourrie à Habana del Este, se mettent à gagner des fortunes colossales au sein des grandes ligues professionnelles.

Mais peut-on jamais empêcher la jeunesse de vouloir vivre pour de vrai et pouvoir s'exprimer enfin librement ?



C'est toujours un choc assez traumatisant de pénétrer dans un "magasin" cubain le lundi quand le vendredi précédent vous étiez encore en train de compléter votre liste d'indispensables de voyage à l’Intermarché non loin de chez vous. Amateurs de sensations fortes, bienvenus ! Seul l'humour pourra vous sauver. Ces magnifiques alignements, sur dix mètres de longueur, de la seule boite de soupe de tomates mexicaine disponible, du pur Warhol ! Ces 3 congélateurs entiers de viande hachée à moitié décongelée selon les endroits du bac, du Hans Hartung ! Le lait ? Y'en n’a plus nulle part depuis au moins trois mois. Le lait en poudre ? Seulement en version 1er et 2e âges, les autres les vieux circulez, y'a rien à voir !



La fille d'environ trente ans qui me ramène dans sa Fiat Panda customisée taxi illégal est en fait médecin neurologue dans un grand hôpital du centre ville. Salaire mensuel équivalent à 20 dollars. Elle est obligée de faire ça pendant ses jours de repos et en plus avec une copine assise à sa droite en permanence pour éviter les innombrables contrôles policiers mis en place pour réprimer le plus possible toutes les activités humaines rentables ayant cours sur la chaussée. Cela-dit, elle-même n'est pas très agréable humainement parlant ; Son boulot lui serait-il monté à la tête ?




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Publié à 06:01, le mar 4 mars 2008,
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Mardi 5 février : Au marché et dans Habana Vieja

La valse des étiquettes à Cuba n'est pas une expression neutre. A l'unité, à la livre, en pesos cubains ou en CUC avec rendu de monnaie dans l'autre unité monétaire, il faut avoir une calculette dans la tête quand on fait son marché. Dès que l'étreinte de la corde du collectivisme forcé se relâche c'est la floraison immédiate de richesses ! Le marché regorge d'agrumes et de fruits de toutes sortes, de très bonne qualité, sans produits chimiques et à des prix tout à fait corrects. En quelques années toutes les maisons aux alentours du marché ont transformé leur RDC en une activité commerciale plus ou moins rentable ; parking et réparation de bicyclettes, pressage de jus d'orange frais à la demande, livraison de patates dans belle brouette rouillée, confection de gâteaux et sucreries ou ventes de saletés Made in China. Le négoce, c'est toute l'histoire de l'humanité. Mais ici, de vieux barbus tyranniques et édentés, avec des poches en plastique greffées à la hanche droite pour leurs petits pipi-cacas, essayent de faire croire le contraire depuis cinquante ans. Mission ratée apparemment...


 
" Un barbu c'est un barbu. Trois barbus, c'est des barbouzes ! " Michel Audiard.

 

Plus tard dans la journée je me retrouve à errer dans la vieille Havane, plus précisément sur la Plazza de Los Capetanes Generales, étrangement calme pour cause de lundi sans marché aux livres d'occasion. Je devise avec un vieil ami cubain émigré à New York depuis 25 ans mais en vacances sur sa terre natale. Bien sûr il me confirme ce que tout le monde sait et sent ; « ellos no quieren que el cubano se levanta ». Le verbe levantar est à comprendre dans son sens « se relever » ou « réussir » et non dans celui de « se soulever ». Ils ne veulent pas que le Cubain moyen s'en sorte. Mais il y a belle lurette que le Cubain moyen est à mille lieux des motivations politico-idéologiques du régime et que sa seule motivation c'est de pouvoir enfin travailler librement plus pour enfin gagner plus. J'ai une petite idée sur qui on pourrait leur envoyer pour changer tout ça !



En fin de journée, je bois une bière avec quelques relations dans le jardin de l'Uneac, la Maison des Artistes et Ecrivains. En quelques années, ce lieu dans lequel se tenaient précédemment de sympathiques matinées, peñas dédiées à la Rumba, au Son ou au Bolero, est redevenu le mouroir qu'il était avant la campagne de marketing Buena Vista Social Truc. Quelques ombres se glissent entre les chaises, fantômes plus ou moins hautement alcoolisés ressassant toujours les mêmes anecdotes au sujet d'une actualité nationale toujours sujette à caution. Je fais une photo-souvenir et, en vérifiant mon écran de contrôle, j'ai comme un choc ; la photo est légèrement floue, il y a des traînées blanches dues à un flash un peu agressif, les yeux sont soit hagards, soit rougis par le rhum-cola, oui je viens de photographier des spectres ! Mon vieil ami musicologue me confie :

« je n'ai que très récemment compris pourquoi je n'ai jamais pu quitter cette ville et pourquoi c'est désormais définitif. Je me sens intimement et personnellement lié à chaque lieu de cette ville... qui est ma vraie et seule famille ».



Je sens que l'immense ombre de Cabrera Infante et de sa Havane mythique des années 50, immortalisée dans Trois tristes tigres et La Havane pour un Infante défunt, taraude un peu tous les écrivains de cette cité. Le voisin de table lui répond :

« c'est surtout parce qu'ailleurs tu ne trouverais plus de public compatissant pour écouter tes vannes vachardes ! »

Et toujours un grand merci pour cet omniprésent humour cubain, salvateur en diable, qui depuis des décennies sait adoucir un peu « la situation » comme ils disent.



D'ailleurs le mot le plus à la mode ces temps-ci c'est « rénovation ». L'un des convives se met à raconter comment au cours de l'une des multiples rencontres et « débats participatifs » organisés par le régime en dehors des organisations de masse et autres institutions habituelles, comment, entre quolibets, huées, sifflets et absence d'applaudissements, a été accueilli Ricardo Alarcon le président du soi-disant « Parlement » cubain, dont le fonctionnement est une insulte au simple mot de Parlement. Des étudiants polis et très calmes, à peine vingt deux ans et non-politisés se sont levés, l'ont regardé droit dans les yeux et lui ont asséné des questions du genre :
 « J'ai fait trois ou quatre années de dures études, pourquoi ne puis-je pas choisir librement mon travail après l'obtention de mon diplôme ? » ou...
 « Je suis un travailleur cubain méritant, j'ai un petit peu d'argent de coté grâce à ma famille à l'étranger, pourquoi ne puis-je pas prendre des vacances dans un hôtel de Varadero ? »



ou...

« une entreprise étrangère me propose du travail dans son pays, pourquoi dois-je demander une autorisation de sortie du territoire pour m'y rendre... et payer une foultitude d'impôts, de taxes et de timbres en tout genre pour ensuite avoir le droit de pouvoir remettre les pieds dans mon propre pays » ou encore...

 « Comment peux-on exiger légalement un impôt sur un revenu qui n'a aucune existence légale ? (Pour information, un Cubain qui travaille à Cuba pour une entreprise étrangère reçoit 300 pesos cubains -soit environ 15 dollars - de la part de l'Etat... qui facture ce même travailleur 300 dollars à la dite entreprise ! Pour compenser un peu cet esclavage légèrement criant, la plupart des entreprises étrangères versent une compensation en nature d'environ 150 dollars à chacun de ses employés cubains. L'Etat cubain a récemment décidé de taxer ces revenus « occultes et socialement nuisibles !



 Ces jours-ci il y a dans l'air de Cuba comme une amorce d'espèce de Révolution Culturelle ; et que 100 000 propositions fleurissent ! Mais attention aux Gardes Rouges, aux brigades de répression populaire, aux comités de quartier ou à la veuve Mao locale... Ils ne se sont pas évaporés dans l'air du temps et seront impitoyables quant à leurs tout petits ou très gros « avantages acquis » comprenez... rentes de situation !

 

La pénombre est tombée. Un unique spot jaunâtre éclaire les magnifiques frondaisons de cette ancienne demeure de richissime banquier espagnol confisquée et nationalisée. La conversation suit son cours, navigant entre commentaires acerbes sur la situation des droits d'auteur dans l'île et ou sur les résultats décevants du retentissant procès londonien de la société d'auteurs cubaine contre la Peer Music International. Une altercation haute en couleur et ponctuée de « pinga » de « cingar » de « puta » et de « cojones » s'élève soudain entre Paquito, un poète un peu déchu et un peu alcoolique, meurtri à jamais par l'assassinat, il y a cinq ans, en Colombie, de sa jeune épouse adorée - « par la mafia locale » hurle-t-il de sa voix détruite par les cigares, les yeux un peu vitreux mais enflammés par l'alcool salvateur et rédempteur - et Ricardo, un charmant mulâtre septuagénaire au look élégant d'Aimé Césaire, compositeur de quelques tout autant élégants et immortels boléros des années 50.



En rentrant par la rue 23, je passe devant le cinéma Riviera dont le magnifique logo fifties brille dans la nuit d'un bleu décidément totalement unique.


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Publié à 05:47, le mar 4 mars 2008,
Mots clefs : uneac

Mercredi 6 février : Une peña avec le Septeto Habanero


Dans la vieille Havane les gens et les choses suivent leur cours... immuable. Tout bouge lentement, très lentement, trop lentement et je me surprends moi-même à traîner la savate au diapason du rythme local. Il fait un temps exceptionnel pour un début février et tout le monde marmonne « y dondesta el frente frio ? » - et où est-elle cette dépression ? - que la télévision avait pourtant annoncée ?

En un an la rue San Rafael s'est transformée en une immense sandwicherie à ciel ouvert. C'est le même phénomène qu'au marché aux fruits et légumes ; donnez aux gens la possibilité d'une patente de travailleur à son propre compte... et c'est la ruée !



Vers 17 heures je me retrouve de nouveau à l'Uneac - c'est sur mon itinéraire habituel de retour chez moi - pour faire mentir ma page d'hier ! Il y a en effet beaucoup de monde dans le sublime jardin car c'est aujourd'hui la peña de la rumba y de la trova. Le groupe invité ce jour est le fameux Septeto Habanero. Ce n'est pas rien le Septeto Habanero. Avec le Septeto Nacional d'Ignacio Pineiro, c'est le groupe fondateur du son et donc de presque toute la musique cubaine. C‘est un groupe qui a vu le jour en, 1926 et qui a compté dans ses rangs parmi les plus grands soneros cubains; Carlos Godinez, Abelardo Barroso, Félix Chappotin. Naturellement il n'y a plus aucun membre fondateur survivant dans le groupe actuel. C'est comme pour le dernier poilu. Mais l'équipe actuelle assure bien. L'esprit est là. Très bon niveau. Très nerveux, tout en ayant su conserver l'habituel coté laid-back de cette musique folklorique et traditionnelle. D'ailleurs le public ne s'y trompe pas. Ca danse sec, et pas seulement les gigolpinces à la recherche d'un contrat de mariage pour rejoindre l'Europe.

L'assistance est restée stable, un peu plus âgée qu'il y a quelques années, me semble-t-il, quand l'endroit s'était lentement transformé en un repaire de jineteros, de gigolos et de groupies. C'est toujours le même mélange de vieux alcoolos qui n'ont d'artiste que la carte de l'association, de touristes Télérama et de quadragénaires madrilènes goulues de blacks, un peu vulgaires avec tatouages, piercings voyants et pseudo fripes soit criardes soit commerce équitable Made in Zara, c'est selon... mais pour moi c'est kif-kif !



Donc bonne nouvelle, les peñas existent toujours mais c'est leur programmation qui a changé : le mercredi tous les 15 jours, c'est la peña de la rumba y de la trova. En alternance, la peña del son. Le jeudi, tous les 15 jours, peña del jazz. Le samedi soir, tous les 15 jours, peña del bolero, sympa mais un peu troisième âge quand même... quoique très kitsch ! On me dit que les groupes ne sont pas payés et doivent jouer gratuitement dans le cadre de la promotion des pénates.

Quel sacerdoce la musique cubaine tout de même !


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Publié à 05:35, le mar 4 mars 2008,
Mots clefs : Septeto Habanerouneac

Jeudi 7 février : Dans Centro Habana et sur Hemingway


C'est une journée de flâneries à l'ombre dans les quelques ruelles commerçantes de la Vieille Havane, essentiellement Obispo, San Rafael et Galiano. Bien sûr tout a changé, aucune boutique ne tient plus de deux ou trois ans sauf les enseignes "historiques". Beaucoup de rénovation en cours là-aussi. Pour les rendre à leurs anciens propriétaires en parfait état ou pour en faciliter l'éventuelle cession emphythéotique en cas de possible libéralisation du commerce privé ?

On constate quand même une véritable invasion de la merdouillerie chinoise en tout genre, des jouets supra-merdiques, des clés anglaises et des tournevis qui cassent au troisième tour de serrage, des casseroles en laiton avec lesquelles on se brûle la paume etc. Il y a des acheteurs cubains qui se régalent forcément dans les foires internationales ou au cours de leurs voyages pour affaires (personnelles). Les vitrines rétro kitsch où l'on avait disposé un bouton, trois pinces à linges, une pellicule vide, une poupée en plastique nue et trois boites de conserve disparaissent peu à peu. Dommage, on était très proche de l'esprit Man Ray ou Marcel Duchamp; et tout ca sous l'oeil toujours possible d'un Doisneau ou d'un Cartier-Bresson en herbe et de passage !


Dans l'après-midi j'ai une longue conversation au sujet d'Hemingway sur lequel un livre avec plein d'informations inédites devrait prochainement sortir à Cuba. L'année dernière j'avais fait quelques recherches à ce sujet, à Paris, pour un ami chargé de la partie "Hemingway et la musique". Je n'avais quasiment rien trouvé. Le vieux lion avait séjourné à Cuba par épisodes plus ou moins longs de 1937 à 1961, avait écrit une dizaine de livres et une centaine d'articles dans ce laps de temps et résultat, franchement RIEN. Même dans sa correspondance personnelle. La musique: un sujet ignoré ! Parlez-moi plutôt de la chasse, de la pêche, de ses chats, du golf, de ses cocktails favoris, des femmes, ça oui d'accord ! Mais je me doutais bien que mes amis cubains n'en resteraient pas simplement là. " Mais si, la musique il adorait ca ! d'ailleurs il existe une photo de lui avec Bola de Nieve, il fréquentait Ernesto Lecuona; dans les bars il était présenté à tous les musiciens renommés de passage, locaux ou internationaux ". Mouais, mouais ! peut-être ben que oui, ou peut-être ben le contraire ! Dans les années 40 et 50 la musique rythmait assurément TOUTE la ville et plus particulièrement la farandula - la dolce vita nocturne havanaise - impossible d'y échapper ! eh bien pas une seule ligne dans aucune oeuvre du maître ! Si le séjour parisien de Papa avait accouché d'un livre entier " Paris est une fête " ce séjour cubain - de 30 ans ! - n'existe qu'à travers quelques lignes disséminées ça et là, en particulier dans "Iles à la dérive " et " Paradis perdu ". My god, que paso ?


Le débat glisse lentement sur le thème de l'amour et j'apprends alors que les vraies amours - platoniques - de Hemingway n'ont pas été les somptueuses Marlène et Greta mais une certaine Léopoldina, mulâtresse - bien en chair celle-là - de son bled de grande banlieue havanaise. Elle a été, dit-on, son vrai grand amour, peut-être à la manière d'un Gainsbourg qui désertait Birkin ou Bambou pour monter au petit matin des nuits de beuverie les 4 étages de chez sa fameuse maitresse - un peu grassouillette elle aussi - de 20 annuités ininterrompues de possible coït matinal à la demi-molle... Hemingway a aidé financièrement Léopoldina dans la maladie qui devait finalement l'emporter ; Il a payé son enterrement et fut le seul, dit-on, à suivre son cercueil ; Il parait que ce n'est pas absolument pas un scoop... un livre ou un article de presse aurait déjà été publié depuis belle lurette à ce sujet. Les mystères de Cuba, toujours...





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Publié à 05:34, le mar 4 mars 2008,
Mots clefs : Hemingway

Vendredi 8 février : Musica, Ron-Cola et espions


Je passe une partie de la journée à pédaler doucement dans les rues défoncées de Centro Havana. Que dire ? « Igual, igualito » dirait un Cubain, c'est pareil, tout égal, rien de neuf. C'est toujours la même joyeuse convivialité de la misère quotidienne au soleil. Charles Aznavour l'a mieux chanté que moi, on ne va pas en rajouter une louche. Toujours sympa, visuellement parlant, pour nous les yumas mais beaucoup moins, pratiquement parlant, pour eux... les indigènes, si proches de nous... et si loin !

 

« Je compris alors que pour le vrai collectionneur, le plaisir de la collection ne réside que dans la tâche de la constituer [...] En déambulant dans cette Havane que j'aime plus que n'importe quelle autre ville au monde, je me suis souvent demandé si son destin n'aurait pas toujours été régi par quelques fabuleux collectionneurs de maisons, d'avenues, de quais, de parcs et autres édifices publics. C'est à dire par des hommes qui auraient peur de voir s'arrêter leur plaisir à l'approche de l'œuvre parfaite enfin achevée ».

Alejo Carpentier, Chroniques du retour, 1940.


Ce pédalage vélocipédique me coûtera cher au final. La douleur est bien apparue et le masseur de l'équipe sportive qui viendra me traiter dans la soirée m'annoncera que je me suis vraisemblablement - et définitivement - à nouveau ruiné le sacrum pour les trois prochaines semaines.

 


A la tombée de la nuit, à la cafétéria La Carreta - angle des rues 21 et K - nous avons commandé une bouteille de rhum et des colas. Nous parlons fort. Il y a là un critique musical, un bassiste et un petit producteur de disques, italien cubanisé et très sympa qui, bon an mal an, essaye de vendre quelques productions de musique traditionnelle aux U.S.A. La conversation passe en revue les dernières pipeuleries locales comme par exemple la nouvelle que Silvio Rodriguez aurait demandé l'autorisation de résider au Chili. Il en est déjà citoyen d'honneur, remarquez ! Silvio, mélange de Jean Ferrat et de Francis Cabrel, au look de Didier Barbelivien, est avec Pablo Milanès le chantre de la Nueva Trova, un mouvement musical vaguement contestataire - à la cubaine, comprenez ; nous voulions que le parti lâche un peu la laisse de la société ! - des années 70, plus ou moins à l'unisson des Berkeley et Paris de Mai 68. Silvio est maintenant devenu un éléphant et possède Abdala le studio d'enregistrement le plus coté de Cuba, ainsi que les productions du même nom (aux artistes cubains, tout est permis sauf de parler franc et de livrer le fond de leur âme, sinon c'est prof de musique au fin fond de la campagne, à Biran par exemple!) .



Le 1er mai 2008, Christophe du site Dorochris.com m'envoie la photo ci-dessous.


En 7 semaines la voiture s'est complètement affaissée, a perdu ses essieux et le capot.

Voilà un feuilleton bien passionnant.


Si vous passez par la calle Muralla, SVP, donnez nous des nouvelles de l'épave !

 



Nous parlons aussi des grands bassistes de l'histoire ; comme moi Jorge apprécie par-dessus tout Ron Carter, Scott La Faro et Israël Cachao Lopez. On argumente un peu sur Jaco Pastorius, Anthony Jackson et Marcus Miller. Je remarque qu'une fois de plus le nom de Cachaïto, le contrebassiste du désormais défunt Buena Vista Social Club, ne fait pas toujours l'unanimité.



Le 22 mars 2008, Cachao s'est éteint à Miami à l'âge de 89 ans, après un exil de 46 ans. Il n'avait ni pu, ni voulu retourner à Cuba depuis son départ en 1962 au même moment que Carlos Patato Valdés, Rolando Laserie et Bebo Valdés.

A cette adresse, http://www.elnuevoherald.com/160/story/179630.html vous pourrez visionner un super petit clip " Adiós, caballero del ritmo " de quelques minutes sur Cachao en répétition pour le concert de son 80ème anniversaire ainsi qu'un petit interview.

Hasta luego maestro.


Sur toutes les « défections » récentes le ministre de la culture, Abel Prieto, a déclaré aujourd'hui ; « Qu'est ce qu'on en a à faire ? Ce sont tous des artistes de troisième zone, aucun n'est indispensable à notre grande culture cubaine qui ne se vends à personne ». Ce à quoi Issac Delgado, excellent salsero crooner jazzy échappé depuis peu à Orlando, Floride, a immédiatement répondu via les ondes de Radio-Marti ; « Du plus bas de ma vingtaine de disques et de mes milliers de concerts, j'ose espérer qu'on écoutera encore ma voix dans 30 ou 40 ans. Qui connaîtra encore le nom de Abel Prieto dans seulement cinq ans ? ».

Ca balance pas mal chez les latinos !



Mais depuis quelques minutes, je me surprends à surveiller d'un œil le type qui s'est installé à la table d'a coté. Assis de biais, il me donne l'impression d'écouter attentivement notre conversation, remarquez il n'a pas à se forcer vu le niveau sonore. Cette insistance à nous épier de travers me dérange. Notre conversation autant gusana que troisième degré - gusano, ver de terre, est le mot employé par les castristes pour désigner tous leurs opposants - n'épargne personne et les noms de ministres ou fonctionnaires notoirement corrompus volent bas. Pendant ce temps-là, la bouteille de bière du type ne descends toujours pas d'un millimètre. Un Cubain tout seul dans un bar, qui ne boit pas et qui ne parle à personne... ça n'existe pas !

En jouant à l'abruti, je fais, à la volée, une photo discrète du bar et donc du type. Plus tard, en la chargeant dans l'ordinateur, je m'apercevrai que le type m'avait repéré. A ce moment je décide de l'appeler « le chivato de la cafétéria ». Les chivatos sont ces balances, ces donneurs, ces sous-merdes, ces indics dont la ville est remplie et qui font qu'aucun Cubain ne parle franc haut et fort dès qu'il s'agit d'évoquer la « situation » comprenez le régime. Il paraît qu'il y a à La Havane plus de chivatos que de flics ! Ils travaillent par branche professionnelle, par quartier, par paté de maisonspar relations, par entreprise. Je suis tout simplement persuadé que ce type, à son tout petit micro-niveau, nous espionne. Je le trouve néanmoins pas très pro.

Parano ou pas parano ? Regardez la photo ! Jugez par vous-même...?




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Publié à 05:20, le mar 4 mars 2008,
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Samedi 9 février : A Playa del Este


Bientôt une semaine que je suis ici et je ne peux que constater à nouveau la permanence absolue de mon  « œil  critique » sur le pays et ses habitants. Pourtant, à plusieurs reprises je me suis souvent dit ; je dois aussi dire du BIEN des Cubains, il y a beaucoup de qualités par ici, tout n'est pas négatif... Par exemple, dans quel endroit d'Amérique Latine y a t-il une richesse littéraire pareille ? Et même, malgré le dirigisme étroit, une richesse éditoriale pareille ? D'ailleurs la semaine prochaine commence la Feria del Libro et je compte bien m'y rendre. En ce qui concerne la musique, alors là il n'y a vraiment pas photo ; A part le Brésil, je ne vois pas qui pourrait contester la suprématie musicale de Cuba ! Et encore, uniquement pour les quarante dernières années car pour la période précédente, disons de 1920 à 1960, c'est vraiment Cuba qui a donné le LA à l'ensemble de l'Amérique latine et à un moment donné - avec le Mambo (Ah ! fabuleux Perez Prado) et le Cha-cha-cha - carrément au monde entier...



Bien sûr je vous entretiens un peu plus des « élites » locales que des autres. Qu'en est-il du vrai peuple, le petit peuple des rues ? Comme le formulerait si simplement l'insupportable Alain Badiou, de quoi donc est le nom de cette fameuse « chaleur humaine » si souvent rapportée et colportée par les touristes lambdas ? Les Cubains sont-ils vraiment beaucoup plus chaleureux que les Italiens ? Que les Français du Midi ? Que les Andalous ? Que les Thaïlandais ? Que les Iraniens ? Peut-être bien que oui... mais il faudrait alors enlever la part du nationalisme, de la promiscuité, du chauvinisme et du prosélytisme. Voire du conservatisme culturel. Car la société cubaine est fondamentalement hyper-conservatrice. Et derrière les pseudo-libérations révolutionnaires de façade, que de codes, que de non-dits, que d'interdits... toujours bien en vigueur.
 
 Et voilà, je veux les saluer et je me remets à l'analyse critique. Qui aime bien châties bien, paraît-il.

Alors je dois beaucoup les aimer !


Aujourd'hui repos, je voulais évoquer le corps cubain. Car je suis allé à la plage, à Playa del Este plus exactement, à Santa Maria, à 20 km - et 12 CUC - de La Havane, sur la route de Guanabo. Et ça m'a donné des idées, des idées intellectuelles, pas des idées libidineuses !  Le temps était sublime pour un début février, même le chauffeur m'a dit « on se croirait au mois de juillet ! » La mer était verte et bleue, une vraie carte postale.



Mais à Santa Maria la reprise en mains a bien aussi eu lieu ; plus une seule paillote sur la plage pour manger les délicieuses gambas grillées; une seule boutique - avec une file d'attente infernale - pour acheter des boissons fraîches et bien sûr flics et maître-nageurs en uniforme à même le sable de la plage. L'atmosphère reste néanmoins bon enfant, surtout pour un jour de week-end. A la plage les Cubains parlent fort, boivent sec, jouent à la pelota et se bécotent tendrement dans l'eau, tout du moins pour ce qu'on peut voir de la partie émergée !



Alors ce corps cubain quoi ? ben oui, franchement, c'est rien que comme cheu nous quoi, y'a de tout ! Mais halte aux clichés, stop la belle plante des tropiques etc ! Il y a beaucoup de beaux gosses bronzés, mulâtres, lookés sportif mais aussi énormément de belles bedaines, gros jarrets et moustaches à la Cabu ! Pour les femmes c'est kif-kif ; La partie la plus noble de la femme cubaine - et assurément la plus adulée des hommes - c'est le popotin ! Mais là aussi on doit faire face à une profusion de styles. Du plus minot jusqu'à l'énorme, le popotin cubano est toujours contre-balancé avec ou sans grâce, par unpetit ventre souvent proéminent. Car c'est comme ça, la femme standard cubaine a du ventre ! Cela est essentiellement dû à la mauvaise alimentation en cours, riz, haricots noirs et purée de malanga 365 jours par an ! Je ne parlerai pas de l'épilation qui s'arrète en général 5 centimètres au dessus du genou ! Franchement, on n'est pas habitué et moi ça me refroidit un peu, je veux dire esthétiquement, bien sûr !




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Publié à 05:14, le mar 4 mars 2008,
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Dimanche 10 février : Frente frio et spleen havanais

 
 


La journée a commencé par un très fort orage qui a réveillé tout le quartier dès 6H30 du matin. Des trombes d'eau, avec l'impression que les éclairs éclataient très exactement au-dessus de la fenêtre du jardin. Mer devenue invisible au loin, nuages très gris et très noirs comme posés sur le toit des maisons. Dans l'avenue les grosses américaines exténuées roulent à 30 km/h et les énormes guaguas - les camions transformés en bétaillères autobus - éclaboussent les trottoirs à tout va. Il faut remarquer qu'ils disparaissent peu à peu, remplacées progressivement par les bus Yutong du nouvel ami chinois. Les piétons sortent habillés comme s'ils devaient affronter l'hiver 1941 à Stalingrad.



On pense alors à la « souffrance » de ces milliers d'étudiants cubains envoyés faire leurs études dans les pays de l'Est du temps du "bloc communiste", avec le manque de moyens, le racisme généralisé et par là-dessus l'impitoyable hiver. Heureusement il y avait la vodka et les filles de l'Est, racontent la plupart. Il faut connaître la véritable hantise du froid des Cubaines et Cubains : début janvier il y a eu deux jours d'un froid inhabituel pour l'île, des températures de 8 degrés en provenance du Midwest étasunien ; les gens ont tout simplement arrêté d'aller au travail !



Bref la température a chuté de 12 degrés depuis hier ! Comme d'habitude, la désorganisation se met en marche. Arrivée de  l'apagón  - la coupure de courant - vers huit heures. Plus d'électricité signifie aussi plus d'eau puisque c'est un moteur qui tire l'eau de la rue, disponible jusqu'à seulement midi, vers les réservoirs ou vers les étages. Donc pas de douche. Donc la nourriture qui commence à décongeler. Donc l'obscurité dans les maisons. Les gens sortent progressivement sur les patios et terrasses. Début de blablatages en tous genres, d'un balcon à l'autre. Tout ça peut durer ½ heure ou trois heures, à voir.

Il y a moins un aspect positif à tout ça ; l'arrêt temporaire de la chaîne stéréo des enfants du voisin qui vous casse les oreilles avec au pire les derniers reggaetons à la mode et au mieux une dégoulinade de ballades romantico-sirupeuses, pas toujours cubaines d'ailleurs, genre dans lequel le reste de l'Amérique latine excelle.



L'expression « gloomy sunday » vaut pour les tristes dimanches anglais ; Il faudrait en inventer une autre pour ces dimanches cubains mortels sans piétons ni soleil ; vidéocassette de location et rhum sur la banquette du salon ou interminable partie de dominos avec rhum of course, sous un portal ( porche) bien à l'abri des gouttelettes maussades. Programme 100% masculin bien évidemment car pour mesdames... c'est rangement, lessive, balayage et baby-sitting ! C'est un aspect des choses que la Révolution a apparemment oublié ; Le socialisme n'a pas que des désavantages finalement, Viva Cuba !

 



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Publié à 05:09, le mar 4 mars 2008,
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Lundi 11 février à Bauta : A Bauta, Caimito et Guanajay

 


J'ai déserté la "ciudad maxima" et me me suis enfui à la campagne. Le temps havanais continuait d'être menaçant : je savais bien que 28° débuts février c'était tout à fait inhabituel. Back to la realidad. Le transport, c'est la plaie de Cuba. Tout déplacement pose problème si vous n'avez pas votre propre véhicule, traduisez ; si vous avez refusé le racket des prix de location de voiture délirants en cours à Cuba (pas de véhicule à moins de 55 US $ par jour, tout compris). Aux quatre coins cardinaux de la ville, il y a des points de départ de taxis collectifs pour la très grande banlieue et la province proche.

Pour la région de Mariel, les grosses bagnoles américaines délabrées partent de "El Lido" derrière le Tropicana, à l'entrée du quartier de Marianao. Il y a bien sûr la cola - la queue, la file d'attente - et un "ultimo por favor ?" est bien sûr de rigueur... ou alors il n'y en a pas et là c'est très mauvais signe ; Cela signifie pas de voitures et donc le début d'une attente à la Beckett, en attendant Godot... vous connaissez ?



Le touriste de base visitera la Havane en un ou deux jours. Le touriste un peu curieux ira rôder dans Centro Habana, le Vedado et Miramar. Le type un peu plus aventureux, lui, se perdra quelques heures dans Santo Suarez, Guanabacoa et Marianao. Mais il y a de telles banlieues à La Havane, loin de tout ... vers l'aéroport ... sur la route de Pinar del Rio ... après le tunnel du port et avant le grand stade des Jeux Panaméricains ... sans parler d'Alamar, le La Courneuve cubaine ! Le Nuevo Vedado, derrière le jardin zoologique, si proche, est par exemple une jungle d'immeubles, de barres administratives et de tours.

Alors imaginez un peu tous ces bleds de banlieue, paumés et excentrés, ni trains ni bus, juste des guaguas, des camelos et des camions qui puent que l'on attrape à l'entrée de l'autoroute, de la Central ou de la Via Blanca. C'est pas compliqué, une fois arrivé là-bas vous n'avez strictement aucune idée de comment vous pourrez bien faire pour en revenir un jour !



Lorsqu'on débarque de la capitale, la vie en province semble quasiment irréelle. On se croirait dans la première partie du magnifique "Mil Nove Cento" (1900) de Bernardo Bertolucci. Une odeur croisée de campagne, de merde et de cochons flotte sur la grosse bourgade. Tracteurs, carrioles à chevaux, Jeeps et gros camions puants se croisent toute la journée dans des rues pleines de trous où la moitié de la population est intensément occupée à surtout ne pas perdre de vue l'ombre du soleil sur les trottoirs en fonction de l'heure de la journée.

Il faut bien tuer le temps comme on peut.



Tout le monde se connaît, se salue, s'apostrophe, se dit un mot gentil ou se balance une plaisanterie un peu grasse. Bizarrement, Le niveau de bruit est complètement dingue. Il ne défile que du matériel soviétique brinquebalant... mais encore debout ; tracteurs qui pétaradent, motos à deux pots plus side-car, Ladas rafistolés, et puis pleins d'engins bizarres assemblages de pièces récupérées de-ci de- là. Rajoutez là-dessus les grosses américaines avec 1800000 km au compteur et plus une pièce d'origine, des autobus sans portes ni carreaux, des camions à bétail et des camions à passagers - souvent les mêmes - et là vous êtes au bord de péter un plomb. C'est trop.

Alors que faire ? zapper quelques rues plus loin vers les zones pavillonnaires, des cubes de béton, tous les mêmes avec portes et fenêtres en métal, photos de tigres et de fleurs artificielles sur les murs du salon souvent sans mobilier mais toujours avec une télé qui gueule soit le noticiero - les infos -, soit la telenovela - le feuilleton - de l'année, la plupart du temps mexicaine, colombienne ou brésilienne.




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Publié à 05:00, le mar 4 mars 2008,
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Mercredi 13 février : Frente frio, BIS !

Il fait un temps de cochon, averses incessantes, bourrasques, fraîcheur. Je ne sors pas. Les Cubains non plus. Je bouffe, j'écoute des vieux sones à la radio, je rédige ce blog, je dors. Il n'y a plus besoin du ventilateur. On a ressorti une petite polaire pour les dernières heures de la nuit. Dans ce no man's land c'est aussi le no man's time et bien sûr le no man's news ; regarder Télé Rebelde ? Merci bien !



  " Cuba, à plat sur le sable, ressemble à une ancienne beauté qui attendrait son prochain gigolo alors que plus personne ne veut lui payer un dentier "

Daniel Mermet, Là-bas si j'y suis, 1999.


Tu avais tort Daniel, tel Zorro, Hugo Chavito est arrivé!




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Publié à 04:56, le mar 4 mars 2008,
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Jeudi 14 février : Altercations et cubanité

Vent, pluie et fraîcheur, une journée bien pourrie, un vide existentiel impossible à raconter. Le fameux frente frio est là pour plusieurs jours nous dit le moustachu de la télé. Les rues sont désertes, les travailleurs et les serveuses font tous la gueule. Je me suis engueulé avec des Cubains par deux fois dans l'après-midi.



Une première fois dans une boutique déserte du centre commercial de l'avenue Carlos III. La grosse matrone cerbère me demande de ne pas rentrer avec mon petit sac à dos. Je lui réponds que la boutique est vide, mon sac à dos aussi, qu'elle peut me surveiller sans problèmes et que toutes façons ce n'est habituellement pas chez les « touristes » que l'on trouve les « voleurs » à Cuba. Mine butée de fonctionnaire à petit Q.I. et nouveau refus pour toute réponse. Je lui jette alors mon sac dans les pieds et rentre tranquillement dans le magasin. Esclandre, appel de videurs, nouvelles explications. J'ai l'impression d'être en Chine. Je suis regardé comme un mec ayant perdu la « face ». Totale impossibilité collective des Cubains d'appréhender une seule seconde la vraie nature d'une réaction de type 100% individualiste. Depuis leur naissance on leur apprend à toujours se conformer.



L'autre jour, une employée m'a sèchement refusé du pain à la boulangerie en me disant ; « C'est le pain pour le peuple, pas pour les étrangers. As-tu la libreta - le carnet de rationnement que doit posséder tout Cubain pour pouvoir acheter à la bodega et en pesos cubains - ? Je lui baratine que oui, ma belle-mère a oublié de me la donner pour les courses bla bla bla. Elle veut mon adresse, ça s'envenime ; chez les fonctionnaires cocos qui y croient encore, c'est toujours des réactions de flic.

Pourtant, en général, tout ça se résout habituellement avec juste quelques sourires, une ou deux piécettes supplémentaires et moult mi amor, eres mi vida bla bla bla...

 

Ma deuxième prise de bec c'est avec un chauffeur de taxi. Le type arrive et commence à me baragouiner en anglais ; il croit avoir ferré deux couillons et les cinq ou dix dollars vite faits que payent tous les couillons en vadrouille d'une journée dans cette ville d'arnaqueurs en tous genres où ne pas parler espagnol, c'est déjà le début des emmerdements. Il ramène sa bagnole, une Nissan pourrie, avec une simple photocopie TAXI sur le tableau de bord pour tout signe distinctif. Il y a un vague compteur caché derrière le miroir passager. On part sans compteur, La musique reggaeton à fond et dans le mauvais sens ! Je lui demande de baisser le son.

Je le laisse faire 500 mètres, puis j'interviens en espagnol ; « tu tournes quand à gauche ? parce que nous on va complètement de l' autre coté ! » . Excuses bidons du mec, puis 250 mètres plus loin il me demande ; « Trois dollars ce sera bon ? » Je lui réponds ; « Sans compteur, deux c'est mieux car on ne va pas loin ! » Mine renfrognée du type qui enclenche le compteur alors qu'on a déjà parcouru un kilomètre ! On arrive : 2,40 CUC au compteur. Je lâche un billet de cinq. Le type me sort le classique « j'ai pas de monnaie », je lui réponds poliment mais fermement « tu travailles pour l'Etat, c'est dans ton boulot d'en avoir un peu, non ? » Le mec explose et me claque mon billet dans la gueule en me traitant de mange-merde. Je lui réponds « fils de pute, parle-moi comme ça encore une fois et je te fais sauter ton job en allant porter plainte à ta direction ». Ce gros plein de soupe claque la porte et redémarre sur les chapeaux de roue. Il a beaucoup trop à perdre. Moi, j'ai économisé trois dollars.

La Havane c'est pas une station balnéaire, c'est Coney island baby, c'est Brooklyn-sur-mer !


 


Je ne me rends pas à la peña del Ambia, animée par le poète Eloy Machado mais vraisemblablement suspendida pour raisons météorologiques. De toutes façons la négroïsation excessive de la musique cubaine et plus généralement de l'ensemble de la culture cubaine m'insuporte un peu. C'est le résultat d'une vague de bons sentiments datant des années 30 avec les belles âmes progressistes de Alejandro Garcia Caturla, Nicolas Guillen, Amedeo Roldan, Fernando Ortiz et surtout Alejo Carpentier en figures de proue d'un mouvement qui voulait absolument aligner les danses tribales d'origine africaine sur le menuet et le quadrille français. Why not après tout ? Mais tout de même, une odeur de politiquement correct avant l'heure. Et pourquoi pas, bientôt, la repentance à la mode... avec la suppression des guitares trop ostensiblement hispaniques dans les groupes de son ?

 


 

Puis vinrent les barbudos qui persécutèrent églises et hommes d'église - avant de mettre chaînes et cadenas dessus pendant quarante ans - pour ensuite en rouvrir quelques-unes pour la forme - mais surtout pour la presse internationale - à l'occasion de la visite de Jean Paul II. Résultat ; dans cette île qui ne croit plus en rien, les noirs et quelques blancs se réfugient dans la santeria, cette escroquerie polythéiste dans laquelle la cérémonie d'initiation se paye 1000 dollars, au pays du SMIC à dix dollars ! Chaque année en janvier, Il faut lire les prédictions annuelles du conseil des babalùs cubains ; A mourir de rire ! Un peu comme si tous les experts, sorciers et autres mages africains de Paris tenaient congrès porte Maillot ! Et puis les tambours bata pour touristes Nouvel Obs en goguette, très peu pour moi ! Cela dit Tata Guinès - l'un des plus fameux percussionnistes cubains qui vient de passer l'arme à gauche tout récemment - jouait fréquemment le dimanche après-midi dans le Callejon de Hammel et là ça valait vraiment le coup d'oreille !



 

Dernier détail de la journée ; A la facture de téléphone, ridicule, huit pesos cubains le mois, est joint un petit calendrier en papier avec les mois d'un coté et une publicité pour ETECSA - le France Telecom cubain - de l'autre. Le texte dit quelque chose du genre « toujours à votre service avec qualité et efficacité » et sur la photo six employés de la boite. Six employés BLANCS. Dans un pays où un homme sur deux est métis et un homme sur quatre est noir ! Franchement chez ETECSA il n'y a vraiment personne de responsable au service publicité pour penser à des trucs aussi simples ? ou peut-être le font-ils exprès ?

mais alors, pourquoi ?


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Publié à 04:45, le mar 4 mars 2008,
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Vendredi 15 février : Expo, piscine et souvenirs


C'est le retour du grand bleu. J'ai envie d'aller voir une exposition d'Alfredo Sosabravo - un Di Rosa cubain en plus harmonieux et moins fouillis - dans un atelier de sérigraphie de la rue Cuba. En descendant la rue Muralla, à juste trois pâtés de maison de l'archi-bondée rue Obispo, ma femme se fait brusquement arracher, par deux lascars, la petite chaîne en or qu'elle porte au cou. Chapeau les mecs, du beau boulot ! Tout en souplesse et en rapidité, moyenne d'âge des deux gamins autour de quinze, seize ans. Je suis à dix mètres derrière, encore à marcher sur des œufs, je ne peux pas même pas tenter de les pister. Les Cubains aux alentours se mettent à hurler «Arrêtez-les ! Une chaîne en or ! Bandits ! Délinquants ! Voleurs ! Quelle racaille ! » mais personne ne se bouge guère... Nos lascars ne sont pourtant qu'à trois cent mètres, ayant ralenti leur allure.



 « La Havane est la ville de l'inachevé, du bancal, de l'asymétrique, de l'abandonné ». Alejo Carpentier, Chroniques du retour, 1940.

Dans l'atelier il n'y a que qu'une dizaine de sérigraphies exposées ! Ce « show » fait pourtant l'objet d'un huitième de page sur la couverture de la revue touristique Cartelera. Il y a foutage de gueule dans l'air, non ? Je mange un polo asado sur la Plazza Mayor pas encore tout à fait rénovée ; Manque un édifice qui va redevenir un immeuble de 24 appartements particuliers ainsi que l'hôtel Vienna en face, somptueux et Art Nouveau, dont il ne reste plus que la carcasse vide, en pleine reconstruction.

 


Des hordes de touristes japonais, hollandais, canadiens défilent tous les quarts d'heure et filment à qui mieux-mieux le sextette qui anime la terrasse avec les sempiternels Cuarto de Tula, Commandante Che Guevara et autre Guantanamera ou El Manisero. Ces fonctionnaires « musiciens » gagnent sûrement mieux leur vie en passant la sébile toutes les heures et en vendant leur CD que la plupart des pros en concert chaque soir dans les clubs de la ville !



Je change de monde pour l'après-midi et décide d'aller nager dans la piscine d'un grand hôtel. Pas d'hésitation possible ; la plus belle piscine c'est bien celle de l'hôtel Miramar Occidental. Il y a deux villes à La Havane : Celle où l'on vit bien et celle où l'on survit mal. Assurément celle où l'on vit bien commence dans Miramar aux alentours de la rue 42 et de la Quinta Avenida - la cinquième avenue. Centre commercial, condominiums pour étrangers, hôtels de luxe et bien sûr somptueuses ambassades et villas des hauts gradés cubains. Dans l'hôtel à 130 dollars la nuit pour deux... tout n'est que calme et volupté ! Tout le monde se fiche bien qu'il y ait de l'eau potable ou pas pour les familles nombreuses de Centro Havana... du moment que les deux piscines de l'hôtel sont bien pleines et surtout bien rafraîchissantes !

Je m'accorde donc trois heures de pur égoïsme : Le soleil tape ? oui ! L'eau est propre et fraîche ? oui ! C'est bon, ? oui, top !



 
La sono du bar passe des vieux titres de Los Van Van - les soi-disants Rolling Stones cubains... pour la longévité ca c'est sûr ! - du temps de Pedrito Calvo, le grand costaud noir au chapeau blanc.
 

Et puis ça enchaîne sur des titres occidentaux ; What a fool believes par Michael Mc Donald ; un frisson de plaisir m'envahit, je ferme les yeux, il fait chaud, la nuit est belle, je suis à Ios dans les Cyclades en 1973, il n'y a que trois bateaux par semaine, on se baigne toute la journée à poil dans les rochers, on écoute les Doobie Brothers et Steely Dan au Homer's Cave, le mélange shit-ouzo est très détonnant !

 La sono continue sur Dance, un excellent titre de Madonna remixé lourd et très groove, je suis à New York en 1982, c'est le début du Rap avec Grand Master Flash, Futura et les graffitis de Brooklyn, la piste de danse du Roxy est immense et bien cirée, la clientèle hyper cool, branchée et mélangée, le son de New-York est hénaurme, le mélange coke-bourbon fonctionne bien !
 
Vient ensuite une version live et assez nerveuse du Stir it up de Bob Marley, aïe aïe aïe ! Je suis à Kingston, Jamaïque en 1984, je rencontre Rita Marley au studio mythique, je passe mes nuits au Sunsplash Festival et il est absolument impossible de suivre les rastas dans leurs hyper-pétarades sous peine de perdre complètement la tête !



 
Tiens, voilà un titre du Mark Anthony latino de la bonne époque, d'avant la guimauve avec Jennifer Lopez, je suis à La Havane, déjà, c'est 1996, des centaines de jolies filles esseulées - mais fortement vénales - t'empêchent de rentrer dans la boîte de l'hôtel Comodoro à Miramar ou dans les jardins du 1830 à l'extrémité nord du Malécon ; l'ambiance est super-chaude, top tropicale, ça danse à la folie, le dollar vient d'être légalisé dans l'île, le mélange mojito-rhum coca a des effets bien libérateurs !
 

Bon, je ne vais pas continuer à déblatérer comme ça sur chaque titre mais je passe une fin d'après-midi délicieuse et excitante à la fois, tant de bons souvenirs me remontent en mémoire !


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Publié à 04:35, le mar 4 mars 2008,
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Samedi 16 février : Concert de NG La Banda

Pour le concert de ce soir, qui fait partie du Festival Jazz Plazza, j'ai commis deux erreurs de vrai débutant ; D'abord acheter les places à l'avance au prix fort, celui réservé aux étrangers. Mon excuse ; le concert de Chucho Valdès avec Pablo Milanès a été prévendu très rapidement, je ne voulais pas réitérer un échec. Sachez qu'à Cuba, à l'entrée de ce genre de concert, il n'y a normalement jamais aucun problème pour rentrer à moitié prix avec un cousin de musicien ou la sœur d'un des videurs ou tout simplement grâce au type qui contrôle les billets et en revends certains... non déchirés ! La deuxième erreur ; arriver à l'heure... Le gros du public - les Cubains - sont arrivés tranquillement deux heures plus tard !
 
 

Ceci posé, j'ai donc eu largement le temps d'étudier un peu plus en détail les nouvelles tendances vestimentaires à Cuba : Toujours très short moulant, jean ou flashy, porté sur cul bien proéminent pour les filles ; Toujours débardeur sur biceps, casquettes de base-ball et rouflaquettes pour les mecs. Les styles jamaïcain ou africain à tresses, boubous, piercings et jeans troués progressent lentement, le style Leny Kravitz aussi mais peu de rappeurs bling bling à l'américaine - pas le bon public peut-être ?

Musicalement cette soirée est très médiocre. Les groupes étrangers ne valent pas pipette ; un trio argentin atmosphérique intitulé Tango en Tres, avec jazz mais sans tango ; un groupe de filles de je ne sais où, Pologne ? Hollande ? produisant de la pop funk bon marché ; et un guitariste sud-africain éthéré lui-aussi, à mes yeux bien endormi - et surtout soporifique en diable.



Mais tout le monde sait que ces « artistes » sont « invités » pour de toutes autres raisons que leur succès dans leurs pays d'origine ; Ils ont vraisemblablement, un jour ou l'autre, manifesté leur « solidarité anti-impérialiste » et se sont ainsi fait remarquer pour une petite semaine tous frais payés au paradis du peuple, moyennant trente petites minutes sur la petite scène, avec une sono réglée à demi-niveau, en faire-valoir de la « grande musique cubaine » sur la grande scène et avec le gros son, elle ! Même là, ils trouvent le moyen de faire une espèce de forcing propagandesque habilement dissimulé !


 
Tout ça peut vous paraître futile, voire mauvais esprit !  La lucidité ne serait pas bonne conseillère... Mais eux savent très bien de quoi je veux parler. L'autre jour, au sein d'une belle tablée, un français installé ici depuis quelques années parlait de moi à son voisin cubain, au cours d'une semi-discussion sur la corruption et la concussion - selon eux bénignes à Cuba alors qu'elles sont généralisées du plus haut au plus bas de l'échelle - en disant « el habla mal de Cuba », en ayant presque l'air de s'excuser à ma place pour mon outrecuidance ! Ce type est sympathisant du régime en place et de son idéologie. Il a fait ce qu'il faut faire pour avoir le droit de résider ici. De gagner sa vie avec et grâce à eux. Il est tout simplement "pieds et poings liés".

Ce sont ces gens-là qui souvent en font encore plus dans la démagogie que les officiels eux-mêmes. Ils ne supportent pas la moindre critique. Vous êtes automatiquement catalogué Bushiste et voué aux pires gémonies ! Il te parle de son ancienne vie de patron méridional friqué dans une belle métropole du sud-ouest de la douce France comme d'un enfer sibérien ! D'ailleurs, un peu plus tard dans la conversation, le même type me balance un « toi et Sarkozy, bla bla bla... » et hop, costumé pour l'hiver ! A ce niveau-là, les choses ne portent pas à conséquence ; encore que? Qui est-il vraiment? Qui connaît-il  Que fait-il vraiment? Gagner de l'argent à Cuba c'est à la fois très facile et très dur...



 Mais prenons par exemple le cas de cette journaliste de CNN - la seule chaîne étasunienne ayant un bureau à Cuba - qui avait fait une interview de Fidel ayant in fine déplu en haut lieu : Trois jours plus tard, elle recevait de manière anonyme une copie des enregistrements de toutes les conversations téléphoniques de son mari avec ses cubaines de rencontre !

Sympas les services secrets cubains, non ?



Bon, revenons à nos moutons enchantés. José Luis Cortès fait son entrée vers 23h30 et surprise, en compagnie d'une vingtaine de filles flûtistes. Au programme, le Boléro de Ravel version latino arrangée et conduite par le maestro lui-même. Ca commence cool et puis après quelques minutes, un montuno d'enfer et boumbadaboum c'est parti salsa avec cuivres, percussions et tout le toutim... mais mezzo voce quand même. Cortès prend quelques solos lui-même, il est aux anges, je sais que son maître à la flûte c'est Jean Pierre Rampal ! Il invite les filles, tout du moins certaines ; Au final la chose n'est tout de même pas très convaincante.

Qu'est ce qu'il veut nous dire là ? Que les conservatoires classiques cubains dispensent un enseignement de bonne qualité ? On le sait déjà ! Le final est assez efficace grâce à des arrangements bien pointus. Exit les filles. Un peu de chabadabada pour la forme mais toujours pas de Oye Papa Chango, le temps passe, quel ennui, quelle déception ! Cet espace en plein air était dépourvu de sièges, les gens pensaient pouvoir danser un peu, je suppose.



Bien sûr le NG La Banda d'aujourd'hui n'a rien à voir avec le groupe d'il y a quelques années. Reste encore Tony Cala, le chanteur, qui ce soir ne chantera pas - pourquoi ? - aux percussions manuelles uniquement. Tous les autres sont nouveaux, des petits jeunes très - trop ? - savants et très efficaces aux claviers, à la basse et à la batterie. Je jette le gant vers une heure du matin après un hommage à Tata Guinès - le fameux percussionniste disparu il y a peu - lu entièrement en yoruba par Paquito Paquete, debout, sobre et déguisé en fakir - exactement comme Pierre Dac dans son fameux sketch avec Francis Blanche, - avec plein de références à Ochun, à Chango et à tout le bric à brac de la santeria.

Dehors, il n'y a évidemment pas de taxis ou alors c'est le racket nocturne sans compteur... Il faut encore et toujours palabrer pour négocier deux malheureux chavitos - le nom que donnent les Cubains au peso convertible, en référence à Hugo Chavez, le quasi-numéro deux de l'île - sur le prix scandaleusement élevé vu la courte distance à parcourir. Je plains ceux qui vont plus loin !


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Publié à 04:24, le mar 4 mars 2008,
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Dimanche 17 février : Spleen havanais, BIS


Voir à : Dimanche dernier !




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Publié à 04:21, le mar 4 mars 2008,
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Mardi 19 février : Fidel jette le gant !

A Cuba une maison en rez-de-chaussée est un espace forcément - à la manière dont Marguerite Duras entendait ce mot - ouvert sur le quartier. Sauf à avoir condamné la sonnette, mis une bonne grille avec cadenas et installé un judas bien visible sur la porte - ou plus simplement faire partie de l'élite dirigeante qui, elle, ne se mélange pas et garde ses portes bien fermées avec gardiens et alarmes - la moitié du pâté de maison peut avoir défilé chez vous dans la matinée, pour dix mille raisons différentes, en général toutes plus futiles les unes que les autres !



Ce matin je devise donc avec deux couples de voisins lorsqu'un petit bip sur mon portable m'annonce un SMS parisien. Lecture immédiate : une amie cubaine de Paris m'annonce que Fidel Castro aurait ce matin officiellement renoncé à tout pouvoir dans les institutions de l'île et me demande comment les gens prennent la nouvelle sur place. Je suis mort de rire ! Il n'y a aucune nouvelle là-dessus, ici ! Je l'annonce à mes interlocuteurs et suis estomaqué par leurs réactions ; les hommes me disent que ça leur donne la chair de poule, les femmes roulent des yeux ronds... mais aucuns commentaires pour autant. Coups de fil de vérification à un autre voisin, confirmation, oui, GRANMA, le journal unique du Parti et du pays, est bien sorti ce matin avec une déclaration officielle du vieux cheval à la une.



Je me suis pas mal baladé en ville aujourd'hui, j'ai pris plusieurs taxis, j'ai parlé à des gens, eh bien je vais vous dire, personne n'en a rien à cirer ! C'est incroyable ! La seule réaction spontanée que j'ai réussi à obtenir, c'est un « c'est pas trop tôt ! » Evidemment au journal télévisé des militants bien intentionnés et surtout bien briefés annoncent qu'il va beaucoup manquer au pays, heureusement il restera encore la lecture mensuelle de ses chroniques du monde. Le PPDA cubain, Rafael Serrano, lit la déclaration en entier à 20 heures tapantes. Je vous assure, sans mauvais esprit ni partialité, que je suis la seule télévision qu'on entend dans le coin. Pas un autre bruit, pas une autre télé pourtant habituellement facilement audible. C'est une non-nouvelle.

La vérité est que les gens n'en ont plus rien à faire depuis longtemps et que ce qui reste de ce régime ce sont essentiellement les interdictions kafkaïennes et les emmerdements quotidiens. Et comme le disent beaucoup d'affiches dans la rue sur un tout autre sujet - les cinq espions-héros de Floride - « Y BASTA YA » !



Par contre, j'ai bien l'impression que Raul, le frère, bénéficie d'un préjugé assez favorable de la population quant à sa volonté et sa capacité à effectuer un début de commencement des réformes nécessaires. Les gens vous disent «  Il a les pieds sur terre, lui » ou « C'est fini les interminables palabres de trois ou quatre heures non-stop à la télé » ou « Il paraît qu'il fait des réunions qui ne durent que cinq minutes » . Autre signe ; Très peu de blagues sur le frangin alors qu'elles sont légion sur le Caudillo mayor. Tout le monde sent que la montée en puissance mondiale de la Chine, l'éventuelle arrivée d'une H. Clinton ou mieux, d'un B. Obama et la disparition désormais prochaine du vieux clown vont changer la donne. Quand on a attendu 49 ans, qu'est ce que deux ou trois ans de plus ? De toute façon, ça ne pourrait pas être pire ...



Conclusion temporaire en forme d'impression générale ; Le peuple gère le quotidien au jour le jour et attend pacifiquement que Raul et ses affidés, totalement libérés de l'emprise de l'autre, puissent enfin se mettre en ordre de marche. Aujourd'hui était l'avant-dernière étape, c'est donc un jour important en effet ( je vais garder cette Une historique de GRANMA...)

 

- " Je ne suis pas de gauche.

- Vous êtes de droite ?

- Ne pas être de gauche, c'est être de droite ? "

Patrick Besson, Julius et Isaac, 1992.





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Publié à 04:15, le mar 4 mars 2008, Castro
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Mercredi 20 février : A la " Feria del Libro "

Avant de me rendre à la Feria del Libro - La Fête du Livre - je fais une petite course à la Rampa où je rencontre par hasard dans la rue deux petits lascars français bien sympas. Ils ont tout compris, eux ; On amène de la fringue d'Aubervilliers à vendre pour payer le séjour ; On loge pas cher en province, à Camagüey, à Holguin - là ils arrivaient de Bayamo - à la campagne on est les rois ; On fait la fête à La Havane - Quoi d'autre ? comme dirait le beau Georges Clooney ; On est beau gosse, on paye pas les filles, nous ! ; on part à Cancun tous les deux mois refaire le visa ; On passe l'hiver au soleil ; Et on ramène des cigares pour payer les billets d'avion. Ils me disent aussi ; « ce qu'on apprécie surtout, c'est l'absence de violence et d'agressivité » ! Vive la Phrance... !



Les Cubains organisent leur Fête annuelle du Livre dans une forteresse-prison, La Cabaña, qui a vu toutes les invasions successives (militaires anglais, pirates des Caraïbes, galions espagnols, corsaires français, paquebots américains et cargos russes...) mais aussi les exécutions souvent expéditives - après des procès sommaires ou truqués - de milliers de soi-disant contre-révolutionnaires et collaborateurs du régime précédent de Batista. Le tout commandé, organisé, surveillé et parfois ouvertement apprécié en public par l'asthmatique argentin au cigare, idole du petit facteur de Neuilly - qui lui aussi couperait bien quelques têtes si on lui en donnait l'opportunité. Fin de la parenthèse historique. Ne jamais oublier qui sont ces gens qui dirigent encore ici et tout  ce qu'ils ont fait, bâclé ou commis.



Cela dit, les choses sont plutôt bien organisées. Nombreuses salles dont une entière dédiée à Fidel et à ses "œuvres", des chiottes presque propres, de la restauration rapide partout et beaucoup de livres à vendre à des prix extrêmement modiques et accessibles au peuple, c'est vrai, il faut le reconnaître, même si vous n'apercevez jamais de livres quand vous rentrez dans une maison cubaine !  Mais deux autres écueils tout de même ; d'abord il y a des pays, des thèmes et des auteurs prohibés, interdits - devinez lesquels ! - ça s'appelle la censure ; Ensuite les livres sont souvent épuisés très rapidement... même à la Feria ! Il y avait un livre que je voulais absolument ; Presque une heure de queue en plein soleil, un exemplaire autorisé par personne et moins de deux heures plus tard la pile avait complètement disparu... Quand ce titre sera t-il à nouveau disponible ? C'est le mystère et la beauté intemporelle de la planification socialiste !

 



Les livres cubains ont aussi un autre grand avantage méconnu ; Leur prix en pesos cubains, ridiculement modiques, pousse à une véritable utilisation physique et matérielle du livre, annotations au stylo-bille et au marqueur, déchirage ou cornage des pages - après tout rien à fichtre - ça coûte peau de balle !  Alors que les prix scandaleusement protégés et insensés des ouvrages neufs chez nous, pousse au fétichisme de la reliure, au respect excessif, au papier journal ou cristal autour et à toutes ces fadaisess. Car l'ouvrage conservé en bon état pourra encore être revendu à moitié prix sur Internet ou à son quart de prix dans les vide-greniers, faudrait pas l'oublier ! Mais alors pas de fétichisme conservationniste (merci Ségo) de la bibliothèque... Faut choisir !



 



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Publié à 03:45, le mar 4 mars 2008, La Havane
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Vendredi 22 février : Fidel, Raul, Commodoro et Miramar

 
Toujours aucune réaction populaire quand au départ du vieux crocodile féroce. C'est véritablement hallucinant ! Des centaines de milliers d'heures de discours-fleuves télévisés, un culte de la personnalité comme peut-être jamais précédemment dans l'histoire de l'humanité (Staline et Hitler n'avaient pas le média télé pour leur promo perso), un pays entier résumé à l'obstination d'un seul homme, pendant 50 ans... pour en arriver-là ? Un départ allongé, sans tambours ni trompettes, par la toute petite porte...Incroyable !



Sa disparition physique sera à l'identique ; Forte mobilisation de l'ensemble des " forces vives du parti " pendant 72 heures pour les 3000 journalistes accrédités de la presse internationale dont la majorité viendra surtout pour tirer un bon coup et fumer un bon Cohiba Robusto en éclusant un bon gorgeon de Havana Club et... BASTA. Dommage qu'il ne rende jamais compte de ses crimes et forfaits devant un tribunal international.

Ses successeurs s'employeront à éviter la même éventualité par une méthode extrèmement simple: donner beaucoup de temps au temps. Je ne crois pas du tout à une transition rapide de ce pays vers la liberté et le monde moderne. Raul ne sera ni Kroutchev, ni Deng Xiao Ping. Il a 76 ans, est plutôt du style main de fer dans gant de velours et... lève le coude assez facilement dit-on.

 

Et puis je ne "crois" plus au peuple cubain. Il a été lessivé du cerveau. Un tel bombardement idéologique ( l'équivalent intellectuel des bombes étasuniennes sur le Vietnam du Nord ) a forcément créé de très gros dégats et va laisser des traces très longues à effacer. Mais le pire n'est pas là. Les Cubains, il faut le dire, ont parfaitement su intégrer, digérer et profiter du no man's land qu'avaient créé les circonstances révolutionnaires. Combien de scènes dégueulasses ne m'a t'on pas raconté sur les rapines, dénonciations, vols et autres parfaites saloperies entre bons voisins dès les premières années de la prise du pouvoir. Du jour au lendemain, l'épicier du coin, ou le teinturier, devenaient d'odieux propriétaires tout juste bons à être illico dépossédés de tous leurs biens ( les murs de la boutique, le logement de fonction, un 2-pièces loué deux étages plus haut ? ). Encore aujourd'hui la dénonciation est un élément essentiel de l'activité des CDR, les comités de défense de la révolution qui surveillent et contrôlent chaque paté de maison.



Le retour de la prostitution n'est que la partie visible de l'iceberg qu'est l'incroyable dilution des valeurs morales à Cuba. La possibilité de vol est devenue l'élément essentiel du choix d'un emploi ! La nécessité est trop forte... soi-disant ; Mais la jalousie, l'instinct de lucre et l'envie de consommer prédominent trop souvent. Des parents serrent bien trop aimablement la main d'un étranger de 45 ans qui se déplace en voiture de location - à 75 dollars par jour - du Riviera ( hotel pour touristes sur le Malecon ) vers El Cerro ( large quartier populaire havanais ) afin de venir y chercher leur fille de 17 ans pour aller au restaurant puis en boîte toute la nuit ! Un futur mari possible ! une source de revenus pour la retraite ! Beaucoup trop de Thénardier à Cuba.



Je me promène un peu dans Playa et Miramar, deux quartiers dont j'aime l'opulence cachée et discrète, les villas cossues en vraies pierres avec leurs piscines vides dans les jardins arrières, leurs artères tranquilles et les parcs déserts. Entre les deux une tache immobilière, le quartier de Buena Vista, ancien "barrio" tout petit bourgeois, désormais essentiellement noir, surpeuplé et en ruines. Qui sait que ce fameux Buena Vista Social Club d'origine - en fait, un petit ballroom de quartier du dimanche, pour retraités et assoifés du coin -  n'est qu'à quelques centaines de mètres des classieuses ambassades étrangères ?



Je termine la journée par un rafraîchissement maritime dans la piscine d'eau de mer de l'hôtel Commodoro, la dernière encore possible puisque toutes les autres sont situées dans des hôtels désormais occupés par les "curistes" vénézuéliens. Fleuron du tourisme de la fin des années 50, le Commodoro survit à toutes les transformations. On lui a supprimé sa grande piscine d'eau douce des années 60, sa super boite à putes des années 90, on lui a adjoint 150 bungalows qui moins de dix ans plus tard sont déjà fermés pour cause de rénovation complète. Et le revoilà réduit à son bâtiment d'origine, floridien en diable, à accueillir des touristes de 2ème zone comme les familles mexicaines ou des  ritals célibataires en goguette cubaine... qui amènent leurs petites poulettes jineterisantes à la piscine pour des 5 à 7 à l'air conditionné !



 


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Publié à 03:30, le mar 4 mars 2008, Castro
Mots clefs : CommodoroFidelHotel

Samedi 23 février : A Varadero


Je crois avoir enfin compris que La Havane me fâche avec les Cubains alors que le reste du pays me réconcilie avec eux. C'est le syndrome des capitales arrogantes et sûres d'elles, cyniques et roublardes à la fois. Je crois que La Havane en fait partie. Je pars donc me calmer au bord de la mer. Je pars profiter un peu, tout simplement ! Initialement je veux aller à Cienfuegos, sorte de gros Le Croisic sur la côte Sud, assoupi autour de sa magnifique rade, mais tout est complet, même dans les maisons particulières autorisées. La saison touristique marche à fond et tout est archi-complet partout ! Je me rabats à regret sur une valeur - trop - sûre, Varadero, où je réserve la dernière chambre encore libre ce week-end dans un petit 2 étoiles du centre ville. C'est une option que non seulement je ne regretterai pas mais qui va aussi sauver mon séjour balnéaire.
Il faut savoir qu'à Varadero seuls les Cubains sont autorisés à louer chez l'habitant. Les loueurs ont pour consigne absolue de refuser les étrangers, sous peine de forte amende d'abord, puis de confiscation de la maison en cas de récidive, rien que ça !



Cela fait maintenant plus de soixante ans que des touristes, d'abord pâlichons puis ensuite bien cuivrés, arpentent la magnifique plage de Varadero au son de l'inoubliable El Bodeguero de l'Orquesta Aragon. Il faut dire que l'endroit mérite vraiment ; Plage interminable de 15 kilomètres de long, eaux cristallines, urbanisation sous contrôle, soleil 300 jours par an ; Bref, seul l'enfermement volontaire de l'île pendant quarante ans a permis qu'il n'y ait pas encore ici 350 hôtels fréquentés par huit millions de touristes annuels ! C'est Cancun qui a tiré les marrons du feu pour l'instant.

J'ai connu des gens qui ont passé leur lune de miel à Varadero en 1971 ; il n'y avait que trois hôtels au tout début de la plage. Il fallait passer par une agence de tourisme proche de la C.G.T. pour acheter le séjour... et le vol Aéroflot passait encore par Moscou !

Remarquez, dans les années 30, la famille milliardaire Dupont de Nemours était la seule à avoir fait construire une villa au milieu de la plage ; Ils se faisaient amener, pour le week-end, directement de Pennsylvanie en hydravion ! C'était en quelque sorte leur petite cabane de Robinson au bord de la mer ! So lovely indeed !

 


Reconnaissons que les Occidentaux sont assez pathétiques quand on les retrouve après une absence de contact rapproché de presque quatre semaines. D'abord visuellement ; les Canadiens, toujours mal fagotés et tendant vers l'obésité étasunienne ; Les Québécois, parfois un peu limite hommes de Cro-magnon... sortis pour quelques heures de leur réserve ethnologique ; Les Italiens, bien fringués, plutôt sympas mais tous archi-bronzés, désespérément à la recherche d'un cancer de la peau dans 25 ans, leurs femmes les premières ; Les Nordiques divers, en commençant par les Hollandaises, seins nus flasques, poils aux pattes, entre copines, jamais avec un mec de leur propre pays ; Les Français reconnaissables entre mille à leurs looks « raisonnable » ou « La Redoute », leurs « Ah Bah oui alors » et leur facilité à râler ; Je ne parle même pas des Anglais, on ne tire pas sur une ambulance ; Il y en avait un à l'hôtel, mocassins marrons clairs, veste blanche froissée et cravate collège ! ; Difficile de parler des Espagnols, ils se fondent dans le paysage humain comme des caméléons. Et puis restent tous ces Latinos, Mexicains en tête, suivis par les Costariciens, quelques Colombiens, Vénézuéliens, finalement tous assez sympas avec leurs gueules métissées dans tous les sens.

 

 

J'ose insérer la photo ci-dessous dans ce blog - pourtant bien culotté, il me semble - afin d'illustrer plus concrètement ma pensée (very profonde) sur le laisser-aller occidental. Cette sublime jeune blonde hitchcockienne et néanmoins canadienne se promène dans Varadero-ville avec une, comment peut-on encore appeller cela ? une robe-inette ? un bout de tissu noir dont la tranche qui - devant - va du nombril au bas de la foufoune et - derrière - du milieu des hanches à la base de ses deux pastèques dodues est fabriquée en tulle noire bien transparente afin, je suppose, de laisser parfaitement entrevoir le mince bout de ficelle qui lui tient lieu de culotte ! Ach So, Ya Ya ! Moi gran fetichista, je dis, za est parfait pour les yeux... Franchement, ca donne vraiment très envie de parcourir tout Varadero ( 12 kilomètres de long quand même ) pourvu que mon périscope soit dans son sillage ! Allo, allo Tex Avery, vous êtes là ! Il est vraisemblable qu'à Marbella, Saint Trop ou Rimini, chez les chébrans quoi, le dit bout de ficelle ait depuis longtemps volé en éclats et soit devenu totalement superflu !!!


Mais là, cette tentatrice perverse pose devant une église toute bête. La seule de Varadero ! ( La seule église, pas la seule tentatrice, on se comprends ? on est à Cuba quand même ! ). C'est égal. Moi je ne crois en aucun dieu, je ne vais pas en faire un fromage. Je suis irrémédiablement ( quel bel adverbe ) athée, anticlérica et laïque. Mais il n'empêche ; Dans une mosquée j'enlève mes chaussures ; en Asie, en présence de Boudha je met un sarong sur mes jambes ; et dans une église j'enlève mon couvre-chef, je n'y rentre pas la braguette béante. Il y a un syndrome Spiceu girleu - Sexeu in the city chez les anglo-saxonneues, beurkeu, plus débileu c'est pas possibleu !
 

Je vous joins

un agrandissement

du corps du délit

pour mieux

me faire

comprendre !

au cas où

vous auriez

un problème

occulaire

voici

un aggrandissement

supplémentaire !

 





On voudrait se sentir solidaire, européen, uni mais franchement... cette décadence occidentale ! Ces tatouages et ces piercings tous plus débiles les uns que les autres - ouarf, ouarf je voudrais appartenir à une tribu primitive moi aussi ; cet « habillement » limite clochard, ces pauvres mœurs modernes et délirantes ! ; Ce pédéraste polonais ridicule avec son petit body léopard, ce couple de lesbiennes canadiennes avec l'une qui joue à la maman et l'autre ostensiblement au papa et au milieu un pauvre môme de huit ans à propos duquel je n'arrive pas à trouver pas d'adjectif pour qualifier précisément la sombre étrangeté du regard; Et ces deux Allemandes de 90 kg chacune, sexuellement en friches, qui, daiquiris bien en mains minaudent chaque soir un peu plus au bar en attente d'un peu d'amour, avec des yeux qui clignotent en disant  "Ach so, mais venez donc nous baiser un peu..."



Voilà encore une autre raison de se réconcilier avec la société cubaine, une société somme toute assez traditionnelle, saine, unie et basée sur des valeurs simples, durables, éternelles - pensent-ils les naïfs ! Une société sans pornographie, sans publicité, sans mères-filles, sans presse poubelle, sans transsexuels, sans taux de suicide excessif, avec très peu cas de SIDA et pourtant une activité sexuelle générale explosive.... !

Je déconne, bien sûr, il y a de tout ça... mais à des doses beaucoup plus infinitésimales !

Les maricones - pédérastes- et les tortilleras - lesbiennes - maintenant on les admet, certes, mais surtout on en rigole encore beaucoup, avec ou sans Fresa y Chocolate, le film du coming-out officiel de l'homosexualité dans la société cubaine révolutionnaire de mes deux - et surtout machiste.



La très grande majorité des Cubains ont tout simplement « horreur » des comportements sexuels déviants, des pratiques hors-normes. Abordez le sujet et observez leur réaction ; moues dubitatives, sourires gênés ou dégoûtés, plaisanteries grasses etc. Et si vous parlez de souffrance sociale, de difficulté d'intégration, tout le monde se retient de pouffer de rire ! La psychanalyse est considérée comme une pratique bourgeoise à Cuba, quand à la psychiatrie locale, je vous conseille de prendre vos jambes à votre cou vite fait !



Ce Varadero dans lequel je passe trois jours n'est pas le Varadero des grands hôtels-usines à touristes du haut de la presque-île. Des hôtels-ghettos dont les occupants ne sortent jamais, essentiellement en raison de la formule « tout inclus ». L'hôtel Herradura est au début du centre, dans la partie cubaine de la ville. C'est dans cette zone que les Cubains louent leurs chambres ou appartements chez l'habitant. Ils y mangent aussi et ne sortent que pour aller à la plage la journée et s'acheter une glace le soir quand la fraîcheur est enfin revenue. Sur trois kilomètres il n'y a que deux restaurants - le Ranchon, moyen, et le Steak House, médiocre - un marchand de glaces en pots et une pauvre terrasse vide avec des chaises en plastique, éclairée par une guirlande de Noël. La fête est vraiment finie, les lampadaires ne s'allument qu'à dix heures du soir, c'est vacances familiales à Gdansk ! Les vraies vacances animées, surtout pour les jeunes, c'est essentiellement l'été dans des bungalows en béton ou des campismos avec feux de bois sur la plage et gros poste de radio à fond la caisse... mais pas à Varadero !



Les habitants de Varadero, eux, paraissent heureux ; Ils travaillent dans le tourisme, trafiquent tous plus ou moins dans leurs branches respectives, jouissent d'un climat heureux toute l'année et ont eux aussi le droit de baigner dans le niveau de vie occidental en vigueur sur ce petit bout de terre de 15 kilomètres. Au travail, le travailleur cubain local bénéficie de la relative meilleure bouffe des hôtels (plus variée ça c'est sûr), il peut regarder librement et gratuitement les 30 chaînes de télévision étrangères dont CNN en espagnol, la plupart des tâches ne sont pas usantes au sens pénibilité du mot même si les conditions de travail à Cuba nous paraissent ahurissantes (pour rappel, 10 à 20 dollars de salaire mensuel, 6 jours sur 7, plutôt 10 heures par jour que 8, mais bon, 10 heures cubaines, elles comptent doublement moins !) On est loin de l'enfer social de certains pays latino-américains et ce petit ghetto caraïbe prends des airs de vraie sinécure ! Car s'il est une chose que la Révolution a bien inventé, c'est bien le non-travail ! Pour ça, chapeau les barbus ! Comment y aller, faire acte de présence et en faire le moins possible ? Comment trouver systématiquement des milliers d'excuses différentes pour y arriver en retard ou en sortir plus tôt, ou tout simplement ne pas venir du tout ? Je vous assure qu'il y a là une véritable bombe humoristique à compiler... Un vrai chef d'œuvre local, un de plus !



Aujourd'hui dimanche la plage est plutôt sympa car beaucoup d'habitants de Matanzas et de Cardenas, les deux grosses villes les plus proches de Varadero, sont venus profiter du temps idyllique.

Il n'y a pas de complications particulières pour engager le contact, même s'il reste sommaire et superficiel la plupart du temps. Je commence à me détendre sur le sujet « Les Cubains ». Je rencontre beaucoup de petits gamins pas bêtes, bien élevés, gentils, pas violents, bonne volonté etc. Ca change de certains de nos sales gosses archi-gâtés que le libéralisme a tout intérêt à élever le plus mal possible, je ne parle même pas des sujets chauds, racaille et banlieues !

Je passe pourtant mon temps à expliquer à mes Cubains fiables de rencontre que je suis à la fois anti-communiste et anti-capitaliste. Le premier système apporte la satisfaction intellectuelle dans la misère et le deuxième le contentement matérie à crédit mais les deux en échange de l'aliénation absolue de sa liberté sacrifiée sur l'autel du dieu Travail. Cuba « bénéficie » hélas du pire du communisme mais aussi du pire du capitalisme, celui pratiqué sans vergogne par les élites locales, profiteurs sans scrupules, ce même genre de nomenklatura maffieuse qui a fait exploser la Russie à son seul profit !



La télévision du bar de la terrasse de l'hôtel est branchée sur CNN en espagnol qui diffuse en direct live l'intégralité du discours d'intronisation de Raul Castro comme nouveau président. Tiens, voilà un événement qui semble intéresser les Cubains, contrairement à la disparition politique attendue -espérée ? - et annoncée du frangin qui, elle, est passée complètement par pertes et profits. Raul parle beaucoup plus court, il est plus carré, plus raide aussi, il annonce des « mesures », il parle de tensions qu'il faudra desserrer ; personne ne sait toutefois sur quel pied ça va danser ! Alors une fois de plus, s'asseoir et attendre de voir dans quel sens va couler le courant !

 



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Publié à 03:09, le mar 4 mars 2008,
Mots clefs : Varadero

Jeudi 28 février sur le Malecon



Retour à La Havane où un véritable temps de cochon a succédé à l'euphorie météorologique des derniers jours. Il fait tout juste 15 degrés, les Cubains sont en blousons, en K-Way et avec pull-overs et vestes. Je descends voir les grosses vagues sur le Malecon innondé. Comme à chaque " tormenta ", c'est un " spectacle " dont on ne se lasse jamais. Je suis ben ben content ; au fond, c'est très exactement le temps qu'il devrait faire demain matin à Orly-sud, ou pire ... Ma "transition à moi " sera donc nickel chrome !




A
vant-hier j'ai fait une dernière photo, en coup de vent par la fenêtre d'une voiture ; j'avais déjà repéré ce panneau de propagande totalement obscène à mes yeux, à la sortie du Puente de Hierro (blague cubaine ; la seule voie de La Havane sans trous ni bosses !) et voulais vraiment le capturer « on location » comme ils disent. Pourquoi plus particulièrement ce panneau qui énnonce " Revolucion es : no mentir jamas ni violar principios eticos " traduction : La révolution c'est ; Ne jamais mentir ni violer les principes éthiques » ? Parce que je crois sincèrement qu'il est le panneau le plus pornographique, le plus immonde, le plus choquant de toute l'île. J'ose en effet penser (Quoi ? un touriste qui pense ? On a juste besoin de ses euros pour remonter le déficit abyssimal de la balance commerciale !) que cette révolution a, hélas, au contraire systématiquement toujours menti et toujours violé les droits de l'homme et la plupart des principes éthiques, sans vergogne aucune.
Ma chance à moi c'est d'être étranger à tout cela, français, content de l'être et (dans mon pays) d'avoir encore le droit de penser comme je veux. Cette pauvre île - longtemps la reine incontestée et incontestable des Caraïbes -  cloturée depuis trop longtemps par les brouilleurs d'émissions radio et TV, la mer et les requins ne tient encore et toujours que par ses omniprésentes armée et police, ne fonctionnant bien tristement - pour ses habitants - qu'en vase hyper clos... mais plus pour très très longtemps, tout le monde le sent bien, tout le monde ne le sait que trop bien.

Alors pourquoi tant d'hypocrisie ?



Pour bien me renvoyer à la gueule que tout n'est décidément que manque d'humilité et incertitudes, le casting de mon avion du retour est l'exact contraire de mon avion à l'aller et de la description que j'en fait à la première page de ce blog ; des jeunes, des moins jeunes, des bobos, des T-shirts Che Guevara, un gros groupe de salsa-maniaques venus pratiquer la rueda, des routards distingués, des gens tous apparemment à l'aise, intelligents, très "satisfaits" de leur séjour... et vraiment très très peu de Cubains !  Je me fais l'effet d'un borgne presbyte au milieu des aveugles.

Au moment de mon départ de l'île, m'est quand même venue une petite pensée pour les quelques milliers de Cubains et Cubaines rares et courageux qui ont croupi, croupissent ou croupiront encore dans les prisons cubaines pour de nombreuses années pour avoir simplement manifesté leur désir de pouvoir penser et s'exprimer librement et différemment. La liberté, tout simplement quoi. Ce dont moi j'ai la chance de profiter ici-même quotidiennement, dans cette France encore "démocratique" malgré tout, malgré tous les râleurs et contempteurs systématiques et malgré les révolutionnaires de salon de la gauche caviar - dont le silence coupable sur Cuba est bien assourdissant !

Sur place, réfléchissez-y ne seraient-ce que quelques secondes lorque vous vous apprêterez à acheter un T-shirt Che Guevara ou lorsque le Nikon gourmand en bandoulière, sûr de vous, de votre confort et vos valeurs, vous arpenterez avec délectation les rues défoncées de la vieille Havane.


Ciao La Ville !

 


Je ne résiste pas à une dernière blague cubaine ; je la laisse en anglais pour la saveur !


" A Colombian, a Mexican and a Cuban are going to their Citizenship Interview at Immigration in Miami, FL.

Before the interview, they are told that they must compose a sentence in English with three main words: Green, Pink and Yellow.

The Colombian was first: "I wake up in the morning. I see the yellow sun. I see the green grass and I think to myself, I hope it will be a wonderful pink day."

The Mexican is next: "I wake up in the morning. I eat a yellow banana, a green pepper and in the evening I watch the pink panther on TV."

Last come the Cuban: "Oyeme Chico, I wake up in the morning. And I hear the phone green... green... and I pink up the phone and I Say "Yellow?"

 

C'est comme ca qu'on les aime les Cubains !

 



 


 

 


 






The end 


 



 


 


 

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Publié à 11:40, le lun 3 mars 2008,
Mots clefs : havanela



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