30 jours chez Raul

Chroniques et Panoramiques d'une autre Havane...

Samedi 23 février : A Varadero


Je crois avoir enfin compris que La Havane me fâche avec les Cubains alors que le reste du pays me réconcilie avec eux. C'est le syndrome des capitales arrogantes et sûres d'elles, cyniques et roublardes à la fois. Je crois que La Havane en fait partie. Je pars donc me calmer au bord de la mer. Je pars profiter un peu, tout simplement ! Initialement je veux aller à Cienfuegos, sorte de gros Le Croisic sur la côte Sud, assoupi autour de sa magnifique rade, mais tout est complet, même dans les maisons particulières autorisées. La saison touristique marche à fond et tout est archi-complet partout ! Je me rabats à regret sur une valeur - trop - sûre, Varadero, où je réserve la dernière chambre encore libre ce week-end dans un petit 2 étoiles du centre ville. C'est une option que non seulement je ne regretterai pas mais qui va aussi sauver mon séjour balnéaire.
Il faut savoir qu'à Varadero seuls les Cubains sont autorisés à louer chez l'habitant. Les loueurs ont pour consigne absolue de refuser les étrangers, sous peine de forte amende d'abord, puis de confiscation de la maison en cas de récidive, rien que ça !



Cela fait maintenant plus de soixante ans que des touristes, d'abord pâlichons puis ensuite bien cuivrés, arpentent la magnifique plage de Varadero au son de l'inoubliable El Bodeguero de l'Orquesta Aragon. Il faut dire que l'endroit mérite vraiment ; Plage interminable de 15 kilomètres de long, eaux cristallines, urbanisation sous contrôle, soleil 300 jours par an ; Bref, seul l'enfermement volontaire de l'île pendant quarante ans a permis qu'il n'y ait pas encore ici 350 hôtels fréquentés par huit millions de touristes annuels ! C'est Cancun qui a tiré les marrons du feu pour l'instant.

J'ai connu des gens qui ont passé leur lune de miel à Varadero en 1971 ; il n'y avait que trois hôtels au tout début de la plage. Il fallait passer par une agence de tourisme proche de la C.G.T. pour acheter le séjour... et le vol Aéroflot passait encore par Moscou !

Remarquez, dans les années 30, la famille milliardaire Dupont de Nemours était la seule à avoir fait construire une villa au milieu de la plage ; Ils se faisaient amener, pour le week-end, directement de Pennsylvanie en hydravion ! C'était en quelque sorte leur petite cabane de Robinson au bord de la mer ! So lovely indeed !

 


Reconnaissons que les Occidentaux sont assez pathétiques quand on les retrouve après une absence de contact rapproché de presque quatre semaines. D'abord visuellement ; les Canadiens, toujours mal fagotés et tendant vers l'obésité étasunienne ; Les Québécois, parfois un peu limite hommes de Cro-magnon... sortis pour quelques heures de leur réserve ethnologique ; Les Italiens, bien fringués, plutôt sympas mais tous archi-bronzés, désespérément à la recherche d'un cancer de la peau dans 25 ans, leurs femmes les premières ; Les Nordiques divers, en commençant par les Hollandaises, seins nus flasques, poils aux pattes, entre copines, jamais avec un mec de leur propre pays ; Les Français reconnaissables entre mille à leurs looks « raisonnable » ou « La Redoute », leurs « Ah Bah oui alors » et leur facilité à râler ; Je ne parle même pas des Anglais, on ne tire pas sur une ambulance ; Il y en avait un à l'hôtel, mocassins marrons clairs, veste blanche froissée et cravate collège ! ; Difficile de parler des Espagnols, ils se fondent dans le paysage humain comme des caméléons. Et puis restent tous ces Latinos, Mexicains en tête, suivis par les Costariciens, quelques Colombiens, Vénézuéliens, finalement tous assez sympas avec leurs gueules métissées dans tous les sens.

 

 

J'ose insérer la photo ci-dessous dans ce blog - pourtant bien culotté, il me semble - afin d'illustrer plus concrètement ma pensée (very profonde) sur le laisser-aller occidental. Cette sublime jeune blonde hitchcockienne et néanmoins canadienne se promène dans Varadero-ville avec une, comment peut-on encore appeller cela ? une robe-inette ? un bout de tissu noir dont la tranche qui - devant - va du nombril au bas de la foufoune et - derrière - du milieu des hanches à la base de ses deux pastèques dodues est fabriquée en tulle noire bien transparente afin, je suppose, de laisser parfaitement entrevoir le mince bout de ficelle qui lui tient lieu de culotte ! Ach So, Ya Ya ! Moi gran fetichista, je dis, za est parfait pour les yeux... Franchement, ca donne vraiment très envie de parcourir tout Varadero ( 12 kilomètres de long quand même ) pourvu que mon périscope soit dans son sillage ! Allo, allo Tex Avery, vous êtes là ! Il est vraisemblable qu'à Marbella, Saint Trop ou Rimini, chez les chébrans quoi, le dit bout de ficelle ait depuis longtemps volé en éclats et soit devenu totalement superflu !!!


Mais là, cette tentatrice perverse pose devant une église toute bête. La seule de Varadero ! ( La seule église, pas la seule tentatrice, on se comprends ? on est à Cuba quand même ! ). C'est égal. Moi je ne crois en aucun dieu, je ne vais pas en faire un fromage. Je suis irrémédiablement ( quel bel adverbe ) athée, anticlérica et laïque. Mais il n'empêche ; Dans une mosquée j'enlève mes chaussures ; en Asie, en présence de Boudha je met un sarong sur mes jambes ; et dans une église j'enlève mon couvre-chef, je n'y rentre pas la braguette béante. Il y a un syndrome Spiceu girleu - Sexeu in the city chez les anglo-saxonneues, beurkeu, plus débileu c'est pas possibleu !
 

Je vous joins

un agrandissement

du corps du délit

pour mieux

me faire

comprendre !

au cas où

vous auriez

un problème

occulaire

voici

un aggrandissement

supplémentaire !

 





On voudrait se sentir solidaire, européen, uni mais franchement... cette décadence occidentale ! Ces tatouages et ces piercings tous plus débiles les uns que les autres - ouarf, ouarf je voudrais appartenir à une tribu primitive moi aussi ; cet « habillement » limite clochard, ces pauvres mœurs modernes et délirantes ! ; Ce pédéraste polonais ridicule avec son petit body léopard, ce couple de lesbiennes canadiennes avec l'une qui joue à la maman et l'autre ostensiblement au papa et au milieu un pauvre môme de huit ans à propos duquel je n'arrive pas à trouver pas d'adjectif pour qualifier précisément la sombre étrangeté du regard; Et ces deux Allemandes de 90 kg chacune, sexuellement en friches, qui, daiquiris bien en mains minaudent chaque soir un peu plus au bar en attente d'un peu d'amour, avec des yeux qui clignotent en disant  "Ach so, mais venez donc nous baiser un peu..."



Voilà encore une autre raison de se réconcilier avec la société cubaine, une société somme toute assez traditionnelle, saine, unie et basée sur des valeurs simples, durables, éternelles - pensent-ils les naïfs ! Une société sans pornographie, sans publicité, sans mères-filles, sans presse poubelle, sans transsexuels, sans taux de suicide excessif, avec très peu cas de SIDA et pourtant une activité sexuelle générale explosive.... !

Je déconne, bien sûr, il y a de tout ça... mais à des doses beaucoup plus infinitésimales !

Les maricones - pédérastes- et les tortilleras - lesbiennes - maintenant on les admet, certes, mais surtout on en rigole encore beaucoup, avec ou sans Fresa y Chocolate, le film du coming-out officiel de l'homosexualité dans la société cubaine révolutionnaire de mes deux - et surtout machiste.



La très grande majorité des Cubains ont tout simplement « horreur » des comportements sexuels déviants, des pratiques hors-normes. Abordez le sujet et observez leur réaction ; moues dubitatives, sourires gênés ou dégoûtés, plaisanteries grasses etc. Et si vous parlez de souffrance sociale, de difficulté d'intégration, tout le monde se retient de pouffer de rire ! La psychanalyse est considérée comme une pratique bourgeoise à Cuba, quand à la psychiatrie locale, je vous conseille de prendre vos jambes à votre cou vite fait !



Ce Varadero dans lequel je passe trois jours n'est pas le Varadero des grands hôtels-usines à touristes du haut de la presque-île. Des hôtels-ghettos dont les occupants ne sortent jamais, essentiellement en raison de la formule « tout inclus ». L'hôtel Herradura est au début du centre, dans la partie cubaine de la ville. C'est dans cette zone que les Cubains louent leurs chambres ou appartements chez l'habitant. Ils y mangent aussi et ne sortent que pour aller à la plage la journée et s'acheter une glace le soir quand la fraîcheur est enfin revenue. Sur trois kilomètres il n'y a que deux restaurants - le Ranchon, moyen, et le Steak House, médiocre - un marchand de glaces en pots et une pauvre terrasse vide avec des chaises en plastique, éclairée par une guirlande de Noël. La fête est vraiment finie, les lampadaires ne s'allument qu'à dix heures du soir, c'est vacances familiales à Gdansk ! Les vraies vacances animées, surtout pour les jeunes, c'est essentiellement l'été dans des bungalows en béton ou des campismos avec feux de bois sur la plage et gros poste de radio à fond la caisse... mais pas à Varadero !



Les habitants de Varadero, eux, paraissent heureux ; Ils travaillent dans le tourisme, trafiquent tous plus ou moins dans leurs branches respectives, jouissent d'un climat heureux toute l'année et ont eux aussi le droit de baigner dans le niveau de vie occidental en vigueur sur ce petit bout de terre de 15 kilomètres. Au travail, le travailleur cubain local bénéficie de la relative meilleure bouffe des hôtels (plus variée ça c'est sûr), il peut regarder librement et gratuitement les 30 chaînes de télévision étrangères dont CNN en espagnol, la plupart des tâches ne sont pas usantes au sens pénibilité du mot même si les conditions de travail à Cuba nous paraissent ahurissantes (pour rappel, 10 à 20 dollars de salaire mensuel, 6 jours sur 7, plutôt 10 heures par jour que 8, mais bon, 10 heures cubaines, elles comptent doublement moins !) On est loin de l'enfer social de certains pays latino-américains et ce petit ghetto caraïbe prends des airs de vraie sinécure ! Car s'il est une chose que la Révolution a bien inventé, c'est bien le non-travail ! Pour ça, chapeau les barbus ! Comment y aller, faire acte de présence et en faire le moins possible ? Comment trouver systématiquement des milliers d'excuses différentes pour y arriver en retard ou en sortir plus tôt, ou tout simplement ne pas venir du tout ? Je vous assure qu'il y a là une véritable bombe humoristique à compiler... Un vrai chef d'œuvre local, un de plus !



Aujourd'hui dimanche la plage est plutôt sympa car beaucoup d'habitants de Matanzas et de Cardenas, les deux grosses villes les plus proches de Varadero, sont venus profiter du temps idyllique.

Il n'y a pas de complications particulières pour engager le contact, même s'il reste sommaire et superficiel la plupart du temps. Je commence à me détendre sur le sujet « Les Cubains ». Je rencontre beaucoup de petits gamins pas bêtes, bien élevés, gentils, pas violents, bonne volonté etc. Ca change de certains de nos sales gosses archi-gâtés que le libéralisme a tout intérêt à élever le plus mal possible, je ne parle même pas des sujets chauds, racaille et banlieues !

Je passe pourtant mon temps à expliquer à mes Cubains fiables de rencontre que je suis à la fois anti-communiste et anti-capitaliste. Le premier système apporte la satisfaction intellectuelle dans la misère et le deuxième le contentement matérie à crédit mais les deux en échange de l'aliénation absolue de sa liberté sacrifiée sur l'autel du dieu Travail. Cuba « bénéficie » hélas du pire du communisme mais aussi du pire du capitalisme, celui pratiqué sans vergogne par les élites locales, profiteurs sans scrupules, ce même genre de nomenklatura maffieuse qui a fait exploser la Russie à son seul profit !



La télévision du bar de la terrasse de l'hôtel est branchée sur CNN en espagnol qui diffuse en direct live l'intégralité du discours d'intronisation de Raul Castro comme nouveau président. Tiens, voilà un événement qui semble intéresser les Cubains, contrairement à la disparition politique attendue -espérée ? - et annoncée du frangin qui, elle, est passée complètement par pertes et profits. Raul parle beaucoup plus court, il est plus carré, plus raide aussi, il annonce des « mesures », il parle de tensions qu'il faudra desserrer ; personne ne sait toutefois sur quel pied ça va danser ! Alors une fois de plus, s'asseoir et attendre de voir dans quel sens va couler le courant !

 


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Publié à 03:09, le mar 4 mars 2008,
Mots clefs : Varadero

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