30 jours chez Raul

Chroniques et Panoramiques d'une autre Havane...

Vendredi 22 février : Fidel, Raul, Commodoro et Miramar

 
Toujours aucune réaction populaire quand au départ du vieux crocodile féroce. C'est véritablement hallucinant ! Des centaines de milliers d'heures de discours-fleuves télévisés, un culte de la personnalité comme peut-être jamais précédemment dans l'histoire de l'humanité (Staline et Hitler n'avaient pas le média télé pour leur promo perso), un pays entier résumé à l'obstination d'un seul homme, pendant 50 ans... pour en arriver-là ? Un départ allongé, sans tambours ni trompettes, par la toute petite porte...Incroyable !



Sa disparition physique sera à l'identique ; Forte mobilisation de l'ensemble des " forces vives du parti " pendant 72 heures pour les 3000 journalistes accrédités de la presse internationale dont la majorité viendra surtout pour tirer un bon coup et fumer un bon Cohiba Robusto en éclusant un bon gorgeon de Havana Club et... BASTA. Dommage qu'il ne rende jamais compte de ses crimes et forfaits devant un tribunal international.

Ses successeurs s'employeront à éviter la même éventualité par une méthode extrèmement simple: donner beaucoup de temps au temps. Je ne crois pas du tout à une transition rapide de ce pays vers la liberté et le monde moderne. Raul ne sera ni Kroutchev, ni Deng Xiao Ping. Il a 76 ans, est plutôt du style main de fer dans gant de velours et... lève le coude assez facilement dit-on.

 

Et puis je ne "crois" plus au peuple cubain. Il a été lessivé du cerveau. Un tel bombardement idéologique ( l'équivalent intellectuel des bombes étasuniennes sur le Vietnam du Nord ) a forcément créé de très gros dégats et va laisser des traces très longues à effacer. Mais le pire n'est pas là. Les Cubains, il faut le dire, ont parfaitement su intégrer, digérer et profiter du no man's land qu'avaient créé les circonstances révolutionnaires. Combien de scènes dégueulasses ne m'a t'on pas raconté sur les rapines, dénonciations, vols et autres parfaites saloperies entre bons voisins dès les premières années de la prise du pouvoir. Du jour au lendemain, l'épicier du coin, ou le teinturier, devenaient d'odieux propriétaires tout juste bons à être illico dépossédés de tous leurs biens ( les murs de la boutique, le logement de fonction, un 2-pièces loué deux étages plus haut ? ). Encore aujourd'hui la dénonciation est un élément essentiel de l'activité des CDR, les comités de défense de la révolution qui surveillent et contrôlent chaque paté de maison.



Le retour de la prostitution n'est que la partie visible de l'iceberg qu'est l'incroyable dilution des valeurs morales à Cuba. La possibilité de vol est devenue l'élément essentiel du choix d'un emploi ! La nécessité est trop forte... soi-disant ; Mais la jalousie, l'instinct de lucre et l'envie de consommer prédominent trop souvent. Des parents serrent bien trop aimablement la main d'un étranger de 45 ans qui se déplace en voiture de location - à 75 dollars par jour - du Riviera ( hotel pour touristes sur le Malecon ) vers El Cerro ( large quartier populaire havanais ) afin de venir y chercher leur fille de 17 ans pour aller au restaurant puis en boîte toute la nuit ! Un futur mari possible ! une source de revenus pour la retraite ! Beaucoup trop de Thénardier à Cuba.



Je me promène un peu dans Playa et Miramar, deux quartiers dont j'aime l'opulence cachée et discrète, les villas cossues en vraies pierres avec leurs piscines vides dans les jardins arrières, leurs artères tranquilles et les parcs déserts. Entre les deux une tache immobilière, le quartier de Buena Vista, ancien "barrio" tout petit bourgeois, désormais essentiellement noir, surpeuplé et en ruines. Qui sait que ce fameux Buena Vista Social Club d'origine - en fait, un petit ballroom de quartier du dimanche, pour retraités et assoifés du coin -  n'est qu'à quelques centaines de mètres des classieuses ambassades étrangères ?



Je termine la journée par un rafraîchissement maritime dans la piscine d'eau de mer de l'hôtel Commodoro, la dernière encore possible puisque toutes les autres sont situées dans des hôtels désormais occupés par les "curistes" vénézuéliens. Fleuron du tourisme de la fin des années 50, le Commodoro survit à toutes les transformations. On lui a supprimé sa grande piscine d'eau douce des années 60, sa super boite à putes des années 90, on lui a adjoint 150 bungalows qui moins de dix ans plus tard sont déjà fermés pour cause de rénovation complète. Et le revoilà réduit à son bâtiment d'origine, floridien en diable, à accueillir des touristes de 2ème zone comme les familles mexicaines ou des  ritals célibataires en goguette cubaine... qui amènent leurs petites poulettes jineterisantes à la piscine pour des 5 à 7 à l'air conditionné !



 

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Publié à 03:30, le mar 4 mars 2008, Castro
Mots clefs : CommodoroFidelHotel

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