30 jours chez RaulChroniques et Panoramiques d'une autre Havane... |
Mercredi 20 février : A la " Feria del Libro "Avant de me rendre à la Feria del Libro - La Fête du Livre - je fais une petite course à la Rampa où je rencontre par hasard dans la rue deux petits lascars français bien sympas. Ils ont tout compris, eux ; On amène de la fringue d'Aubervilliers à vendre pour payer le séjour ; On loge pas cher en province, à Camagüey, à Holguin - là ils arrivaient de Bayamo - à la campagne on est les rois ; On fait la fête à La Havane - Quoi d'autre ? comme dirait le beau Georges Clooney ; On est beau gosse, on paye pas les filles, nous ! ; on part à Cancun tous les deux mois refaire le visa ; On passe l'hiver au soleil ; Et on ramène des cigares pour payer les billets d'avion. Ils me disent aussi ; « ce qu'on apprécie surtout, c'est l'absence de violence et d'agressivité » ! Vive la Phrance... !
Les Cubains organisent leur Fête annuelle du Livre dans une forteresse-prison, La Cabaña, qui a vu toutes les invasions successives (militaires anglais, pirates des Caraïbes, galions espagnols, corsaires français, paquebots américains et cargos russes...) mais aussi les exécutions souvent expéditives - après des procès sommaires ou truqués - de milliers de soi-disant contre-révolutionnaires et collaborateurs du régime précédent de Batista. Le tout commandé, organisé, surveillé et parfois ouvertement apprécié en public par l'asthmatique argentin au cigare, idole du petit facteur de Neuilly - qui lui aussi couperait bien quelques têtes si on lui en donnait l'opportunité. Fin de la parenthèse historique. Ne jamais oublier qui sont ces gens qui dirigent encore ici et tout ce qu'ils ont fait, bâclé ou commis.
Cela dit, les choses sont plutôt bien organisées. Nombreuses salles dont une entière dédiée à Fidel et à ses "œuvres", des chiottes presque propres, de la restauration rapide partout et beaucoup de livres à vendre à des prix extrêmement modiques et accessibles au peuple, c'est vrai, il faut le reconnaître, même si vous n'apercevez jamais de livres quand vous rentrez dans une maison cubaine ! Mais deux autres écueils tout de même ; d'abord il y a des pays, des thèmes et des auteurs prohibés, interdits - devinez lesquels ! - ça s'appelle la censure ; Ensuite les livres sont souvent épuisés très rapidement... même à la Feria ! Il y avait un livre que je voulais absolument ; Presque une heure de queue en plein soleil, un exemplaire autorisé par personne et moins de deux heures plus tard la pile avait complètement disparu... Quand ce titre sera t-il à nouveau disponible ? C'est le mystère et la beauté intemporelle de la planification socialiste ! ![]() Les livres cubains ont aussi un autre grand avantage méconnu ; Leur prix en pesos cubains, ridiculement modiques, pousse à une véritable utilisation physique et matérielle du livre, annotations au stylo-bille et au marqueur, déchirage ou cornage des pages - après tout rien à fichtre - ça coûte peau de balle ! Alors que les prix scandaleusement protégés et insensés des ouvrages neufs chez nous, pousse au fétichisme de la reliure, au respect excessif, au papier journal ou cristal autour et à toutes ces fadaisess. Car l'ouvrage conservé en bon état pourra encore être revendu à moitié prix sur Internet ou à son quart de prix dans les vide-greniers, faudrait pas l'oublier ! Mais alors pas de fétichisme conservationniste (merci Ségo) de la bibliothèque... Faut choisir ! ![]()
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