30 jours chez RaulChroniques et Panoramiques d'une autre Havane... |
Mardi 19 février : Fidel jette le gant !A Cuba une maison en rez-de-chaussée est un espace forcément - à la manière dont Marguerite Duras entendait ce mot - ouvert sur le quartier. Sauf à avoir condamné la sonnette, mis une bonne grille avec cadenas et installé un judas bien visible sur la porte - ou plus simplement faire partie de l'élite dirigeante qui, elle, ne se mélange pas et garde ses portes bien fermées avec gardiens et alarmes - la moitié du pâté de maison peut avoir défilé chez vous dans la matinée, pour dix mille raisons différentes, en général toutes plus futiles les unes que les autres !
![]() Ce matin je devise donc avec deux couples de voisins lorsqu'un petit bip sur mon portable m'annonce un SMS parisien. Lecture immédiate : une amie cubaine de Paris m'annonce que Fidel Castro aurait ce matin officiellement renoncé à tout pouvoir dans les institutions de l'île et me demande comment les gens prennent la nouvelle sur place. Je suis mort de rire ! Il n'y a aucune nouvelle là-dessus, ici ! Je l'annonce à mes interlocuteurs et suis estomaqué par leurs réactions ; les hommes me disent que ça leur donne la chair de poule, les femmes roulent des yeux ronds... mais aucuns commentaires pour autant. Coups de fil de vérification à un autre voisin, confirmation, oui, GRANMA, le journal unique du Parti et du pays, est bien sorti ce matin avec une déclaration officielle du vieux cheval à la une.
Je me suis pas mal baladé en ville aujourd'hui, j'ai pris plusieurs taxis, j'ai parlé à des gens, eh bien je vais vous dire, personne n'en a rien à cirer ! C'est incroyable ! La seule réaction spontanée que j'ai réussi à obtenir, c'est un « c'est pas trop tôt ! » Evidemment au journal télévisé des militants bien intentionnés et surtout bien briefés annoncent qu'il va beaucoup manquer au pays, heureusement il restera encore la lecture mensuelle de ses chroniques du monde. Le PPDA cubain, Rafael Serrano, lit la déclaration en entier à 20 heures tapantes. Je vous assure, sans mauvais esprit ni partialité, que je suis la seule télévision qu'on entend dans le coin. Pas un autre bruit, pas une autre télé pourtant habituellement facilement audible. C'est une non-nouvelle.
La vérité est que les gens n'en ont plus rien à faire depuis longtemps et que ce qui reste de ce régime ce sont essentiellement les interdictions kafkaïennes et les emmerdements quotidiens. Et comme le disent beaucoup d'affiches dans la rue sur un tout autre sujet - les cinq espions-héros de Floride - « Y BASTA YA » !
![]() Par contre, j'ai bien l'impression que Raul, le frère, bénéficie d'un préjugé assez favorable de la population quant à sa volonté et sa capacité à effectuer un début de commencement des réformes nécessaires. Les gens vous disent « Il a les pieds sur terre, lui » ou « C'est fini les interminables palabres de trois ou quatre heures non-stop à la télé » ou « Il paraît qu'il fait des réunions qui ne durent que cinq minutes » . Autre signe ; Très peu de blagues sur le frangin alors qu'elles sont légion sur le Caudillo mayor. Tout le monde sent que la montée en puissance mondiale de la Chine, l'éventuelle arrivée d'une H. Clinton ou mieux, d'un B. Obama et la disparition désormais prochaine du vieux clown vont changer la donne. Quand on a attendu 49 ans, qu'est ce que deux ou trois ans de plus ? De toute façon, ça ne pourrait pas être pire ...
Conclusion temporaire en forme d'impression générale ; Le peuple gère le quotidien au jour le jour et attend pacifiquement que Raul et ses affidés, totalement libérés de l'emprise de l'autre, puissent enfin se mettre en ordre de marche. Aujourd'hui était l'avant-dernière étape, c'est donc un jour important en effet ( je vais garder cette Une historique de GRANMA...)
- " Je ne suis pas de gauche. - Vous êtes de droite ? - Ne pas être de gauche, c'est être de droite ? " Patrick Besson, Julius et Isaac, 1992.
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