30 jours chez Raul

Chroniques et Panoramiques d'une autre Havane...

Samedi 16 février : Concert de NG La Banda

Pour le concert de ce soir, qui fait partie du Festival Jazz Plazza, j'ai commis deux erreurs de vrai débutant ; D'abord acheter les places à l'avance au prix fort, celui réservé aux étrangers. Mon excuse ; le concert de Chucho Valdès avec Pablo Milanès a été prévendu très rapidement, je ne voulais pas réitérer un échec. Sachez qu'à Cuba, à l'entrée de ce genre de concert, il n'y a normalement jamais aucun problème pour rentrer à moitié prix avec un cousin de musicien ou la sœur d'un des videurs ou tout simplement grâce au type qui contrôle les billets et en revends certains... non déchirés ! La deuxième erreur ; arriver à l'heure... Le gros du public - les Cubains - sont arrivés tranquillement deux heures plus tard !
 
 

Ceci posé, j'ai donc eu largement le temps d'étudier un peu plus en détail les nouvelles tendances vestimentaires à Cuba : Toujours très short moulant, jean ou flashy, porté sur cul bien proéminent pour les filles ; Toujours débardeur sur biceps, casquettes de base-ball et rouflaquettes pour les mecs. Les styles jamaïcain ou africain à tresses, boubous, piercings et jeans troués progressent lentement, le style Leny Kravitz aussi mais peu de rappeurs bling bling à l'américaine - pas le bon public peut-être ?

Musicalement cette soirée est très médiocre. Les groupes étrangers ne valent pas pipette ; un trio argentin atmosphérique intitulé Tango en Tres, avec jazz mais sans tango ; un groupe de filles de je ne sais où, Pologne ? Hollande ? produisant de la pop funk bon marché ; et un guitariste sud-africain éthéré lui-aussi, à mes yeux bien endormi - et surtout soporifique en diable.



Mais tout le monde sait que ces « artistes » sont « invités » pour de toutes autres raisons que leur succès dans leurs pays d'origine ; Ils ont vraisemblablement, un jour ou l'autre, manifesté leur « solidarité anti-impérialiste » et se sont ainsi fait remarquer pour une petite semaine tous frais payés au paradis du peuple, moyennant trente petites minutes sur la petite scène, avec une sono réglée à demi-niveau, en faire-valoir de la « grande musique cubaine » sur la grande scène et avec le gros son, elle ! Même là, ils trouvent le moyen de faire une espèce de forcing propagandesque habilement dissimulé !


 
Tout ça peut vous paraître futile, voire mauvais esprit !  La lucidité ne serait pas bonne conseillère... Mais eux savent très bien de quoi je veux parler. L'autre jour, au sein d'une belle tablée, un français installé ici depuis quelques années parlait de moi à son voisin cubain, au cours d'une semi-discussion sur la corruption et la concussion - selon eux bénignes à Cuba alors qu'elles sont généralisées du plus haut au plus bas de l'échelle - en disant « el habla mal de Cuba », en ayant presque l'air de s'excuser à ma place pour mon outrecuidance ! Ce type est sympathisant du régime en place et de son idéologie. Il a fait ce qu'il faut faire pour avoir le droit de résider ici. De gagner sa vie avec et grâce à eux. Il est tout simplement "pieds et poings liés".

Ce sont ces gens-là qui souvent en font encore plus dans la démagogie que les officiels eux-mêmes. Ils ne supportent pas la moindre critique. Vous êtes automatiquement catalogué Bushiste et voué aux pires gémonies ! Il te parle de son ancienne vie de patron méridional friqué dans une belle métropole du sud-ouest de la douce France comme d'un enfer sibérien ! D'ailleurs, un peu plus tard dans la conversation, le même type me balance un « toi et Sarkozy, bla bla bla... » et hop, costumé pour l'hiver ! A ce niveau-là, les choses ne portent pas à conséquence ; encore que? Qui est-il vraiment? Qui connaît-il  Que fait-il vraiment? Gagner de l'argent à Cuba c'est à la fois très facile et très dur...



 Mais prenons par exemple le cas de cette journaliste de CNN - la seule chaîne étasunienne ayant un bureau à Cuba - qui avait fait une interview de Fidel ayant in fine déplu en haut lieu : Trois jours plus tard, elle recevait de manière anonyme une copie des enregistrements de toutes les conversations téléphoniques de son mari avec ses cubaines de rencontre !

Sympas les services secrets cubains, non ?



Bon, revenons à nos moutons enchantés. José Luis Cortès fait son entrée vers 23h30 et surprise, en compagnie d'une vingtaine de filles flûtistes. Au programme, le Boléro de Ravel version latino arrangée et conduite par le maestro lui-même. Ca commence cool et puis après quelques minutes, un montuno d'enfer et boumbadaboum c'est parti salsa avec cuivres, percussions et tout le toutim... mais mezzo voce quand même. Cortès prend quelques solos lui-même, il est aux anges, je sais que son maître à la flûte c'est Jean Pierre Rampal ! Il invite les filles, tout du moins certaines ; Au final la chose n'est tout de même pas très convaincante.

Qu'est ce qu'il veut nous dire là ? Que les conservatoires classiques cubains dispensent un enseignement de bonne qualité ? On le sait déjà ! Le final est assez efficace grâce à des arrangements bien pointus. Exit les filles. Un peu de chabadabada pour la forme mais toujours pas de Oye Papa Chango, le temps passe, quel ennui, quelle déception ! Cet espace en plein air était dépourvu de sièges, les gens pensaient pouvoir danser un peu, je suppose.



Bien sûr le NG La Banda d'aujourd'hui n'a rien à voir avec le groupe d'il y a quelques années. Reste encore Tony Cala, le chanteur, qui ce soir ne chantera pas - pourquoi ? - aux percussions manuelles uniquement. Tous les autres sont nouveaux, des petits jeunes très - trop ? - savants et très efficaces aux claviers, à la basse et à la batterie. Je jette le gant vers une heure du matin après un hommage à Tata Guinès - le fameux percussionniste disparu il y a peu - lu entièrement en yoruba par Paquito Paquete, debout, sobre et déguisé en fakir - exactement comme Pierre Dac dans son fameux sketch avec Francis Blanche, - avec plein de références à Ochun, à Chango et à tout le bric à brac de la santeria.

Dehors, il n'y a évidemment pas de taxis ou alors c'est le racket nocturne sans compteur... Il faut encore et toujours palabrer pour négocier deux malheureux chavitos - le nom que donnent les Cubains au peso convertible, en référence à Hugo Chavez, le quasi-numéro deux de l'île - sur le prix scandaleusement élevé vu la courte distance à parcourir. Je plains ceux qui vont plus loin !

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Publié à 04:24, le mar 4 mars 2008,
Mots clefs : Festival Jazz PlazaNG la banda

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