30 jours chez Raul

Chroniques et Panoramiques d'une autre Havane...

Vendredi 15 février : Expo, piscine et souvenirs


C'est le retour du grand bleu. J'ai envie d'aller voir une exposition d'Alfredo Sosabravo - un Di Rosa cubain en plus harmonieux et moins fouillis - dans un atelier de sérigraphie de la rue Cuba. En descendant la rue Muralla, à juste trois pâtés de maison de l'archi-bondée rue Obispo, ma femme se fait brusquement arracher, par deux lascars, la petite chaîne en or qu'elle porte au cou. Chapeau les mecs, du beau boulot ! Tout en souplesse et en rapidité, moyenne d'âge des deux gamins autour de quinze, seize ans. Je suis à dix mètres derrière, encore à marcher sur des œufs, je ne peux pas même pas tenter de les pister. Les Cubains aux alentours se mettent à hurler «Arrêtez-les ! Une chaîne en or ! Bandits ! Délinquants ! Voleurs ! Quelle racaille ! » mais personne ne se bouge guère... Nos lascars ne sont pourtant qu'à trois cent mètres, ayant ralenti leur allure.



 « La Havane est la ville de l'inachevé, du bancal, de l'asymétrique, de l'abandonné ». Alejo Carpentier, Chroniques du retour, 1940.

Dans l'atelier il n'y a que qu'une dizaine de sérigraphies exposées ! Ce « show » fait pourtant l'objet d'un huitième de page sur la couverture de la revue touristique Cartelera. Il y a foutage de gueule dans l'air, non ? Je mange un polo asado sur la Plazza Mayor pas encore tout à fait rénovée ; Manque un édifice qui va redevenir un immeuble de 24 appartements particuliers ainsi que l'hôtel Vienna en face, somptueux et Art Nouveau, dont il ne reste plus que la carcasse vide, en pleine reconstruction.

 


Des hordes de touristes japonais, hollandais, canadiens défilent tous les quarts d'heure et filment à qui mieux-mieux le sextette qui anime la terrasse avec les sempiternels Cuarto de Tula, Commandante Che Guevara et autre Guantanamera ou El Manisero. Ces fonctionnaires « musiciens » gagnent sûrement mieux leur vie en passant la sébile toutes les heures et en vendant leur CD que la plupart des pros en concert chaque soir dans les clubs de la ville !



Je change de monde pour l'après-midi et décide d'aller nager dans la piscine d'un grand hôtel. Pas d'hésitation possible ; la plus belle piscine c'est bien celle de l'hôtel Miramar Occidental. Il y a deux villes à La Havane : Celle où l'on vit bien et celle où l'on survit mal. Assurément celle où l'on vit bien commence dans Miramar aux alentours de la rue 42 et de la Quinta Avenida - la cinquième avenue. Centre commercial, condominiums pour étrangers, hôtels de luxe et bien sûr somptueuses ambassades et villas des hauts gradés cubains. Dans l'hôtel à 130 dollars la nuit pour deux... tout n'est que calme et volupté ! Tout le monde se fiche bien qu'il y ait de l'eau potable ou pas pour les familles nombreuses de Centro Havana... du moment que les deux piscines de l'hôtel sont bien pleines et surtout bien rafraîchissantes !

Je m'accorde donc trois heures de pur égoïsme : Le soleil tape ? oui ! L'eau est propre et fraîche ? oui ! C'est bon, ? oui, top !



 
La sono du bar passe des vieux titres de Los Van Van - les soi-disants Rolling Stones cubains... pour la longévité ca c'est sûr ! - du temps de Pedrito Calvo, le grand costaud noir au chapeau blanc.
 

Et puis ça enchaîne sur des titres occidentaux ; What a fool believes par Michael Mc Donald ; un frisson de plaisir m'envahit, je ferme les yeux, il fait chaud, la nuit est belle, je suis à Ios dans les Cyclades en 1973, il n'y a que trois bateaux par semaine, on se baigne toute la journée à poil dans les rochers, on écoute les Doobie Brothers et Steely Dan au Homer's Cave, le mélange shit-ouzo est très détonnant !

 La sono continue sur Dance, un excellent titre de Madonna remixé lourd et très groove, je suis à New York en 1982, c'est le début du Rap avec Grand Master Flash, Futura et les graffitis de Brooklyn, la piste de danse du Roxy est immense et bien cirée, la clientèle hyper cool, branchée et mélangée, le son de New-York est hénaurme, le mélange coke-bourbon fonctionne bien !
 
Vient ensuite une version live et assez nerveuse du Stir it up de Bob Marley, aïe aïe aïe ! Je suis à Kingston, Jamaïque en 1984, je rencontre Rita Marley au studio mythique, je passe mes nuits au Sunsplash Festival et il est absolument impossible de suivre les rastas dans leurs hyper-pétarades sous peine de perdre complètement la tête !



 
Tiens, voilà un titre du Mark Anthony latino de la bonne époque, d'avant la guimauve avec Jennifer Lopez, je suis à La Havane, déjà, c'est 1996, des centaines de jolies filles esseulées - mais fortement vénales - t'empêchent de rentrer dans la boîte de l'hôtel Comodoro à Miramar ou dans les jardins du 1830 à l'extrémité nord du Malécon ; l'ambiance est super-chaude, top tropicale, ça danse à la folie, le dollar vient d'être légalisé dans l'île, le mélange mojito-rhum coca a des effets bien libérateurs !
 

Bon, je ne vais pas continuer à déblatérer comme ça sur chaque titre mais je passe une fin d'après-midi délicieuse et excitante à la fois, tant de bons souvenirs me remontent en mémoire !

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Publié à 04:35, le mar 4 mars 2008,
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