30 jours chez Raul

Chroniques et Panoramiques d'une autre Havane...

Dimanche 10 février : Frente frio et spleen havanais

 
 


La journée a commencé par un très fort orage qui a réveillé tout le quartier dès 6H30 du matin. Des trombes d'eau, avec l'impression que les éclairs éclataient très exactement au-dessus de la fenêtre du jardin. Mer devenue invisible au loin, nuages très gris et très noirs comme posés sur le toit des maisons. Dans l'avenue les grosses américaines exténuées roulent à 30 km/h et les énormes guaguas - les camions transformés en bétaillères autobus - éclaboussent les trottoirs à tout va. Il faut remarquer qu'ils disparaissent peu à peu, remplacées progressivement par les bus Yutong du nouvel ami chinois. Les piétons sortent habillés comme s'ils devaient affronter l'hiver 1941 à Stalingrad.



On pense alors à la « souffrance » de ces milliers d'étudiants cubains envoyés faire leurs études dans les pays de l'Est du temps du "bloc communiste", avec le manque de moyens, le racisme généralisé et par là-dessus l'impitoyable hiver. Heureusement il y avait la vodka et les filles de l'Est, racontent la plupart. Il faut connaître la véritable hantise du froid des Cubaines et Cubains : début janvier il y a eu deux jours d'un froid inhabituel pour l'île, des températures de 8 degrés en provenance du Midwest étasunien ; les gens ont tout simplement arrêté d'aller au travail !



Bref la température a chuté de 12 degrés depuis hier ! Comme d'habitude, la désorganisation se met en marche. Arrivée de  l'apagón  - la coupure de courant - vers huit heures. Plus d'électricité signifie aussi plus d'eau puisque c'est un moteur qui tire l'eau de la rue, disponible jusqu'à seulement midi, vers les réservoirs ou vers les étages. Donc pas de douche. Donc la nourriture qui commence à décongeler. Donc l'obscurité dans les maisons. Les gens sortent progressivement sur les patios et terrasses. Début de blablatages en tous genres, d'un balcon à l'autre. Tout ça peut durer ½ heure ou trois heures, à voir.

Il y a moins un aspect positif à tout ça ; l'arrêt temporaire de la chaîne stéréo des enfants du voisin qui vous casse les oreilles avec au pire les derniers reggaetons à la mode et au mieux une dégoulinade de ballades romantico-sirupeuses, pas toujours cubaines d'ailleurs, genre dans lequel le reste de l'Amérique latine excelle.



L'expression « gloomy sunday » vaut pour les tristes dimanches anglais ; Il faudrait en inventer une autre pour ces dimanches cubains mortels sans piétons ni soleil ; vidéocassette de location et rhum sur la banquette du salon ou interminable partie de dominos avec rhum of course, sous un portal ( porche) bien à l'abri des gouttelettes maussades. Programme 100% masculin bien évidemment car pour mesdames... c'est rangement, lessive, balayage et baby-sitting ! C'est un aspect des choses que la Révolution a apparemment oublié ; Le socialisme n'a pas que des désavantages finalement, Viva Cuba !

 


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Publié à 05:09, le mar 4 mars 2008,
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