30 jours chez Raul

Chroniques et Panoramiques d'une autre Havane...

Vendredi 8 février : Musica, Ron-Cola et espions


Je passe une partie de la journée à pédaler doucement dans les rues défoncées de Centro Havana. Que dire ? « Igual, igualito » dirait un Cubain, c'est pareil, tout égal, rien de neuf. C'est toujours la même joyeuse convivialité de la misère quotidienne au soleil. Charles Aznavour l'a mieux chanté que moi, on ne va pas en rajouter une louche. Toujours sympa, visuellement parlant, pour nous les yumas mais beaucoup moins, pratiquement parlant, pour eux... les indigènes, si proches de nous... et si loin !

 

« Je compris alors que pour le vrai collectionneur, le plaisir de la collection ne réside que dans la tâche de la constituer [...] En déambulant dans cette Havane que j'aime plus que n'importe quelle autre ville au monde, je me suis souvent demandé si son destin n'aurait pas toujours été régi par quelques fabuleux collectionneurs de maisons, d'avenues, de quais, de parcs et autres édifices publics. C'est à dire par des hommes qui auraient peur de voir s'arrêter leur plaisir à l'approche de l'œuvre parfaite enfin achevée ».

Alejo Carpentier, Chroniques du retour, 1940.


Ce pédalage vélocipédique me coûtera cher au final. La douleur est bien apparue et le masseur de l'équipe sportive qui viendra me traiter dans la soirée m'annoncera que je me suis vraisemblablement - et définitivement - à nouveau ruiné le sacrum pour les trois prochaines semaines.

 


A la tombée de la nuit, à la cafétéria La Carreta - angle des rues 21 et K - nous avons commandé une bouteille de rhum et des colas. Nous parlons fort. Il y a là un critique musical, un bassiste et un petit producteur de disques, italien cubanisé et très sympa qui, bon an mal an, essaye de vendre quelques productions de musique traditionnelle aux U.S.A. La conversation passe en revue les dernières pipeuleries locales comme par exemple la nouvelle que Silvio Rodriguez aurait demandé l'autorisation de résider au Chili. Il en est déjà citoyen d'honneur, remarquez ! Silvio, mélange de Jean Ferrat et de Francis Cabrel, au look de Didier Barbelivien, est avec Pablo Milanès le chantre de la Nueva Trova, un mouvement musical vaguement contestataire - à la cubaine, comprenez ; nous voulions que le parti lâche un peu la laisse de la société ! - des années 70, plus ou moins à l'unisson des Berkeley et Paris de Mai 68. Silvio est maintenant devenu un éléphant et possède Abdala le studio d'enregistrement le plus coté de Cuba, ainsi que les productions du même nom (aux artistes cubains, tout est permis sauf de parler franc et de livrer le fond de leur âme, sinon c'est prof de musique au fin fond de la campagne, à Biran par exemple!) .



Le 1er mai 2008, Christophe du site Dorochris.com m'envoie la photo ci-dessous.


En 7 semaines la voiture s'est complètement affaissée, a perdu ses essieux et le capot.

Voilà un feuilleton bien passionnant.


Si vous passez par la calle Muralla, SVP, donnez nous des nouvelles de l'épave !

 



Nous parlons aussi des grands bassistes de l'histoire ; comme moi Jorge apprécie par-dessus tout Ron Carter, Scott La Faro et Israël Cachao Lopez. On argumente un peu sur Jaco Pastorius, Anthony Jackson et Marcus Miller. Je remarque qu'une fois de plus le nom de Cachaïto, le contrebassiste du désormais défunt Buena Vista Social Club, ne fait pas toujours l'unanimité.



Le 22 mars 2008, Cachao s'est éteint à Miami à l'âge de 89 ans, après un exil de 46 ans. Il n'avait ni pu, ni voulu retourner à Cuba depuis son départ en 1962 au même moment que Carlos Patato Valdés, Rolando Laserie et Bebo Valdés.

A cette adresse, http://www.elnuevoherald.com/160/story/179630.html vous pourrez visionner un super petit clip " Adiós, caballero del ritmo " de quelques minutes sur Cachao en répétition pour le concert de son 80ème anniversaire ainsi qu'un petit interview.

Hasta luego maestro.


Sur toutes les « défections » récentes le ministre de la culture, Abel Prieto, a déclaré aujourd'hui ; « Qu'est ce qu'on en a à faire ? Ce sont tous des artistes de troisième zone, aucun n'est indispensable à notre grande culture cubaine qui ne se vends à personne ». Ce à quoi Issac Delgado, excellent salsero crooner jazzy échappé depuis peu à Orlando, Floride, a immédiatement répondu via les ondes de Radio-Marti ; « Du plus bas de ma vingtaine de disques et de mes milliers de concerts, j'ose espérer qu'on écoutera encore ma voix dans 30 ou 40 ans. Qui connaîtra encore le nom de Abel Prieto dans seulement cinq ans ? ».

Ca balance pas mal chez les latinos !



Mais depuis quelques minutes, je me surprends à surveiller d'un œil le type qui s'est installé à la table d'a coté. Assis de biais, il me donne l'impression d'écouter attentivement notre conversation, remarquez il n'a pas à se forcer vu le niveau sonore. Cette insistance à nous épier de travers me dérange. Notre conversation autant gusana que troisième degré - gusano, ver de terre, est le mot employé par les castristes pour désigner tous leurs opposants - n'épargne personne et les noms de ministres ou fonctionnaires notoirement corrompus volent bas. Pendant ce temps-là, la bouteille de bière du type ne descends toujours pas d'un millimètre. Un Cubain tout seul dans un bar, qui ne boit pas et qui ne parle à personne... ça n'existe pas !

En jouant à l'abruti, je fais, à la volée, une photo discrète du bar et donc du type. Plus tard, en la chargeant dans l'ordinateur, je m'apercevrai que le type m'avait repéré. A ce moment je décide de l'appeler « le chivato de la cafétéria ». Les chivatos sont ces balances, ces donneurs, ces sous-merdes, ces indics dont la ville est remplie et qui font qu'aucun Cubain ne parle franc haut et fort dès qu'il s'agit d'évoquer la « situation » comprenez le régime. Il paraît qu'il y a à La Havane plus de chivatos que de flics ! Ils travaillent par branche professionnelle, par quartier, par paté de maisonspar relations, par entreprise. Je suis tout simplement persuadé que ce type, à son tout petit micro-niveau, nous espionne. Je le trouve néanmoins pas très pro.

Parano ou pas parano ? Regardez la photo ! Jugez par vous-même...?



commentaires {1} - Ajouter un commentaire
Publié à 05:20, le mar 4 mars 2008,
Mots clefs :

Commentaire sans titre

Depuis ton passage, la voiture bleu n'a plus de capot...LOL

Anonymous - 02:54 - mer 30 avril 2008

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