30 jours chez Raul

Chroniques et Panoramiques d'une autre Havane...

Lundi 4 février : Arrivée et ...départs divers !

Je suis réveillé aux aurores par « l'Internationale » et quelques autres chants militaires nostalgiques qui émanent de la maison voisine. Renseignements pris, c'est une " maison pour anciens combattants d'Afrique " qui fait face à ma délicieusement coloniale chambrette au plafond de cinq mètres de haut. Il fait déjà une douce chaleur mais aussi un vent à décoiffer Bruce Willis

Le paladar de ma mi-journée - restaurant à domicile autorisé par la loi moyennant conditions draconiennes et impôt fortement dissuasif - concentre, sur quatorze mètres carrés, douze chaises autour de quatre tables, eso es la ley, señor. Vu le niveau sonore ambiant, il n'y a pas d'autre alternative que d'écouter d'une oreille distraite les conversations des autres tables. La brochette de porc - chuleta de cerdo - est gargantuesque, avec un goût très fleuri, comme si, avant de rendre l'âme, la noble bête honnie des musulmans avait fait une indigestion de pétales de roses et de graines de tournesol.



Je prends un taxi de particulier en direction du quartier de Miramar - havre des ambassades et des belles villas des militaires - pour une opération ravitaillement à l'unique supermercado de plus de 150 m2 de cette ville. Le conducteur disserte aimablement avec le passager assis à la place du mort ; « Nos quedamos sin artista » On va rester sans artistes si ça continue dit-il à l'autre, évoquant une certaine Suzana, inconnue à mon bataillon... mais pas à la télévision cubaine ! C'est la dernière artiste en date qui vient de déclarer forfait au paradis tropical pour s'installer plutôt chez l'ennemi d'en face. Comme le font la moitié des artistes cubains, dès qu'après avoir dûment payé leur écot à la culture officielle par de nombreuses années de galère, on leur octroie enfin le fameux sésame de sortie pour des tournées à l'étranger.

Mais tout récemment la liste s'est encore douloureusement allongée. Carlos Otero, le Drucker-Foucault cubain s'en est allé avec femme et enfants après un plan sournois, préparé de longue date. Dans le hall de la télévision étative, l'ensemble des employés ont été convoqué la semaine suivante pour une séance de conspuation collective du méchant traître passé avec armes et bagages à l'ennemi. Qui d'ailleurs a retrouvé du travail en seulement quelques jours sur les ondes de la meilleure chaîne de télévision hispanique de Floride !



Et il y a aussi la moitié du Cirque Comique de la Havane qui a demandé l'asile politique chez les Aztèques. Ainsi que tout le groupe musical Los Très de La Havana ; ils étaient en fait sept... ! Et pour finir, la moitié de la troupe du Ballet Espagnol - pourtant créée par Alicia Alonso, la marâtre aveugle qui règne sur la danse cubaine depuis 50 ans - qui a préféré le glacial hiver canadien à la douceur des tropiques. Tout ça en l'espace de quelques jours. Faut-il que la pression soit sévère pour en arriver là ! Les gens lâchent tout ! Ils se cassent pour de vrai ! Repartir à zéro, tout reconstruire ... Demandez donc aux pieds-noirs ce que ça veut dire de déchirements ...
Il faudrait aussi mentionner les sportifs en tout genre, les boxeurs, les coureurs, les sauteurs à la perche mais surtout les joueurs de base-ball qui, dès leur arrivée aux Etats Unis, abandonnant famille, HLM et Lada pourrie à Habana del Este, se mettent à gagner des fortunes colossales au sein des grandes ligues professionnelles.

Mais peut-on jamais empêcher la jeunesse de vouloir vivre pour de vrai et pouvoir s'exprimer enfin librement ?



C'est toujours un choc assez traumatisant de pénétrer dans un "magasin" cubain le lundi quand le vendredi précédent vous étiez encore en train de compléter votre liste d'indispensables de voyage à l’Intermarché non loin de chez vous. Amateurs de sensations fortes, bienvenus ! Seul l'humour pourra vous sauver. Ces magnifiques alignements, sur dix mètres de longueur, de la seule boite de soupe de tomates mexicaine disponible, du pur Warhol ! Ces 3 congélateurs entiers de viande hachée à moitié décongelée selon les endroits du bac, du Hans Hartung ! Le lait ? Y'en n’a plus nulle part depuis au moins trois mois. Le lait en poudre ? Seulement en version 1er et 2e âges, les autres les vieux circulez, y'a rien à voir !



La fille d'environ trente ans qui me ramène dans sa Fiat Panda customisée taxi illégal est en fait médecin neurologue dans un grand hôpital du centre ville. Salaire mensuel équivalent à 20 dollars. Elle est obligée de faire ça pendant ses jours de repos et en plus avec une copine assise à sa droite en permanence pour éviter les innombrables contrôles policiers mis en place pour réprimer le plus possible toutes les activités humaines rentables ayant cours sur la chaussée. Cela-dit, elle-même n'est pas très agréable humainement parlant ; Son boulot lui serait-il monté à la tête ?



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Publié à 06:01, le mar 4 mars 2008,
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Commentaire sans titre

Quel est l'adresse du Fameux Paladar ?

dorochris - 02:43 - mer 30 avril 2008

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